Education nationale: circonscriptions scolaires: une gigantesque entreprise de spoliation des parents d’élèves

Alors que la direction centrale des affaires financières (DCAF) du ministère de l’Éducation nationale traverse une tempête sans précédent –marquée par l’arrestation de plusieurs cadres suite au détournement massif de 700 millions de FCFA destinés aux primes de vacations– le scandale couve à un autre étage de la maison. Loin des bureaux feutrés de la haute administration, c’est au cœur même des circonscriptions scolaires que se déploie une gigantesque entreprise de spoliation des parents d’élèves.
Si le sommet de l’État prône la transparence, la base semble obéir à d’autres règles. Dans les circonscriptions scolaires à forte densité démographique, les « maîtres des lieux » rivalisent d’ingéniosité pour ponctionner les familles. L’examen du Certificat d’études primaires (CEP) de cette année en est l’illustration parfaite.
Pour inscrire leurs enfants, les parents ont dû débourser des sommes totalement déconnectées des tarifs officiels. Le barème imposé défie toute légalité: 10 000 FCFA par candidat gabonais et 15 000 FCFA pour les élèves expatriés, (à signaler que jusqu’à l’année dernière, le parent d’un candidat gabonais devait débourser 15.000 et 20.000 pour un candidat expatrié) . À l’échelle, par exemple, de la seule circonscription scolaire de Libreville-Est, qui a enregistré un peu plus de 6 300 candidats cette année, le calcul est vertigineux. C’est un pactole de plusieurs dizaines de millions de FCFA qui est ainsi collecté directement dans les poches des ménages, sans la moindre base légale.
Visites médicales, un business lucratif sur le dos des élèves
Le harcèlement financier ne s’arrête pas aux frais d’inscription. Le protocole de la visite médicale obligatoire a lui aussi été détourné en source de revenus frauduleux. Alors que le tarif officiel est strictement fixé à 1 000 FCFA, les circonscriptions scolaires ont unilatéralement triplé la mise, exigeant 3 000 FCFA par élève.
Pour maximiser les gains et court-circuiter le contrôle de l’État, le modus operandi a changé. Les candidats ne se rendent plus dans les centres médicaux dédiés. Ce sont les circonscriptions scolaires qui font déplacer le personnel de santé ou réquisitionné pour l’occasion directement dans leurs locaux. Le point commun de toutes ces transactions ? L’absence totale de traçabilité. L’argent liquide passe de main en main, le plus souvent sans aucun reçu officiel délivré aux parents désemparés.
L’urgence d’un grand coup de balai
Ce système de prédation pose une question fondamentale : où va cet argent ? Alors que la justice s’active pour faire la lumière sur les 700 millions de FCFA de la DCAF, l’inspection générale du ministère et les services de lutte contre la corruption ne peuvent plus fermer les yeux sur ce racket de proximité.
Ces prélèvements sauvages étranglent un peu plus des familles gabonaises déjà asphyxiées par le coût de la vie. Au moment où le pays aspire à une gouvernance exemplaire, tolérer de telles pratiques au sein des circonscriptions scolaires revient à institutionnaliser la corruption dès l’école primaire. Le nettoyage de l’Éducation nationale ne doit pas s’arrêter aux portes des ministères, il doit descendre jusqu’au plus près des salles de classe.
Melchior Ndabeyene




