Société

Grand Libreville sans bacs à ordures: l’utopie d’une révolution verte face au défi logistique du ramassage

Le Grand Libreville s’engage dans un pari audacieux pour éradiquer l’insalubrité chronique qui ternit son image. Par le biais d’un rappel réglementaire strict de l’arrêté de septembre 2022, la municipalité menée par l’édile Eugène M’ba a acté un changement radical de doctrine : la fin progressive des bacs à ordures fixes au profit d’un dépôt direct des déchets ménagers dans les camions de collecte.

Désormais, les ménages doivent conditionner leurs déchets dans des sacs hermétiques et les présenter uniquement au passage des équipes de ramassage, entre 18 heures et 21 heures. Si cette mesure vise à éliminer définitivement les points noirs et les dépôts sauvages qui asphyxient les arrondissements, une question cruciale demeure : cette stratégie peut-elle réellement fonctionner sans une rotation infaillible et ultra-cadencée des camions de collecte ?

Le spectre du « porte-à-porte » sans logistique renforcée

La suppression ou le contournement des bacs à ordures traditionnels repose sur une discipline citoyenne stricte, mais surtout sur une ponctualité chirurgicale des services de ramassage. Dans une métropole caractérisée par une forte densité et des zones d’accès parfois complexes, le moindre retard ou raté dans la rotation des bennes de Clean Africa ou des autres opérateurs partenaires risque de transformer les trottoirs en décharges à ciel ouvert dès 21 heures.

Sans bacs pour contenir les déchets en cas d’imprévu mécanique ou d’embouteillages, les sacs abandonnés sur la voie publique seront immédiatement la proie des animaux errants et des intempéries, aggravant le problème initial.

Une feuille de route de 90 jours pour faire ses preuves

Conscientes de ce goulot d’étranglement, les quatre communes du Grand Libreville  se sont accordées sur une feuille de route d’urgence de 90 jours pour harmoniser leurs actions, accentuer la libération du domaine public et optimiser le déploiement du matériel. La mairie centrale a d’ailleurs renforcé la dotation des arrondissements pour rapprocher les opérations de nettoyage du terrain.

La synchronisation, clé de voûte de la réforme

L’ambition de restaurer l’ordre urbain ne pourra s’affranchir d’un investissement massif dans la flotte de transport et d’un suivi GPS rigoureux des circuits de collecte. Si le grand public est sommé de faire preuve de civisme, les prestataires de salubrité publique sont, quant à eux, condamnés à l’excellence opérationnelle. La réussite de la transition vers un « Libreville propre » ne dépend plus de la sévérité des communiqués, mais de la régularité mathématique des gyrophares orange des camions de ramassage dans les quartiers du Grand Libreville.

Blaise Mangady

 

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