Yango au Gabon, l’heure de la maturité ou le risque du passe-droit ?

L’implantation imminente de Yango au Gabon suscite autant d’enthousiasme chez les usagers fatigués des transports traditionnels que d’inquiétudes chez les régulateurs et les syndicats de transporteurs. Alors que la multinationale prépare son offensive à Libreville aux côtés de son partenaire officie TaxiGo Gabon, une question brûle toutes les lèvres : l’entreprise saura-t-elle se conformer aux règles locales et abandonner les pratiques controversées qui ont terni sa réputation dans d’autres pays d’Afrique ?
À première vue, la promesse de Yango a de quoi séduire: des trajets optimisés par une intelligence artificielle de routage, des tarifs théoriquement prévisibles et un confort accru pour les usagers du Grand Libreville. Pourtant, l’enthousiasme est tempéré par l’historique de l’entreprise en Afrique centrale et de l’Ouest.
Au Cameroun, la plateforme a essuyé de lourdes sanctions de la part du ministère des Transports ainsi que des suspensions temporaires en raison du non-respect des réglementations locales et du recours massif à des transporteurs clandestins (absence de licences, de visites techniques ou d’assurances appropriées). De même, au Bénin, les activités n’ont pu reprendre qu’après une mise en conformité stricte imposée par les autorités de Cotonou. Derrière la vitrine de sa holding désormais basée à Dubaï, la filiale traîne une réputation d’opérateur cherchant à avancer plus vite que les lois.
Le vide juridique gabonais: une opportunité dangereuse ?
Le principal défi à Libreville réside dans l’absence de régulation du marché des VTC (Véhicules de Transport avec Chauffeur). Contrairement aux taxis compteurs ou urbains classiques régulés par le ministère des Transports et les municipalités, le transport via application mobile navigue dans une zone grise. Ce flou juridique expose le marché gabonais à trois dérives majeures : les tarifs fluctuent selon la demande ou la météo, déroutant des usagers habitués aux prix fixes.
Dans les coulisses, les syndicats de transporteurs gabonais dénoncent déjà l’intégration sur ces plateformes de véhicules personnels ne s’acquittant d’aucune taxe municipale ou fiscale professionnelle.
Sur le traitement des collaborateurs, on évoque une possible précarisation des chauffeurs. En effet, le modèle repose sur le statut de travailleur indépendant, transférant tous les risques financiers (entretien, carburant) sur les conducteurs locaux.
Un « Rapport Sécurité » pour rassurer les sceptiques
Consciente de ces critiques, la direction tente de redorer son blason. Le récent rapport sécurité de Yango Ride met en avant une baisse de 38 % des incidents de conduite dangereuse en Afrique grâce à des technologies de contrôle strictes. Des vérifications d’identité par selfie pour les chauffeurs, le suivi GPS en temps réel et des systèmes de notation permanente par les passagers sont avancés comme gages de transparence et de sécurité.
Toutefois, la plateforme devra surveiller de près les dérives comportementales constatées ailleurs, comme le tri sélectif des courses par les chauffeurs ou les exigences de suppléments en espèces en dehors de l’application, des vices que les usagers librevillois redoutent par-dessus tout.
Le Gabon saura-t-il imposer ses règles ?
Pour que Yango se départe de ses mauvaises pratiques au Gabon, la balle est avant tout dans le camp des autorités du pays. Si l’État gabonais anticipe en imposant un cadre juridique strict dès le départ -comme l’exigence de cartes professionnelles et l’harmonisation fiscale-, l’arrivée de la multinationale pourrait assainir le transport urbain. Si le laisser-faire l’emporte, le Gabon s’exposera aux mêmes crises de gouvernance routière vécues ailleurs.
Adeline Babongui




