Economie

Relance du port en eau profonde de Mayumba : le Gabon active la piste des géants internationaux

Le gouvernement gabonais franchit une étape décisive dans la concrétisation de son projet d’infrastructure le plus ambitieux. Les autorités viennent de lancer un appel d’offres restreint, afin de sélectionner les entreprises nationales et internationales majeures qui seront chargées de mener les études et d’accompagner la réalisation du port en eau profonde de Mayumba.

Destiné à devenir le nouveau poumon économique de la région, ce méga-terminal amorce enfin sa phase opérationnelle. Les groupements et cabinets intéressés ont jusqu’au 3 novembre 2026 pour déposer des dossiers de candidature soumis à un formalisme particulièrement rigoureux. Exigences fiscales, transparence sur les bénéficiaires effectifs et valorisation pointue des compétences du personnel clé : Libreville affiche sa volonté de s’entourer d’une expertise technique irréprochable pour rompre avec les hésitations du passé.

La fin d’un « serpent de mer » géostratégique ?

Évoqué depuis le début des années 2000, le complexe portuaire de Mayumba a longtemps été qualifié de serpent de mer économique. Ballotté pendant plus de deux décennies entre promesses d’investissements non tenues, memoranda d’entente sans lendemain -comme ceux initiés avec SFM Africa ou encore les négociations estivales de juin 2026 avec les Émiratis du KEZAD Group–, le projet n’avait encore jamais vu son premier coup de pioche.

Le manque de bouclage financier stable et les fluctuations des priorités politiques avaient systématiquement freiné les ambitions de l’État. Ce nouvel appel d’offres marque ainsi un changement de paradigme, traduisant un engagement ferme du gouvernement gabonais à ancrer la souveraineté logistique du Gabon sur la façade atlantique.

Un corridor logistique pour désenclaver le Sud

L’enjeu de cette infrastructure dépasse la simple exploitation portuaire. Situé stratégiquement dans la province de la Nyanga, le port de Mayumba est pensé comme le pivot d’un véritable corridor économique interconnecté.

Son rôle sera déterminant pour: offrir un débouché maritime direct à l’océan Atlantique pour le secteur bois et la richesse minière de l’arrière-pays, booster la transformation locale à travers une zone industrielle adossée, et appuyer le plan national de modernisation de la pêche, soutenu par des investissements sectoriels d’envergure.

En s’inspirant des meilleurs standards mondiaux, le projet prévoit également la création d’un guichet unique administratif. Objectif : optimiser la rapidité douanière, réduire les délais logistiques et maximiser la compétitivité du corridor par rapport aux autres hubs du golfe de Guinée.

Vers une nouvelle configuration régionale

Le succès futur de ce port viendra redéfinir la carte des échanges d’Afrique centrale. Si le port d’Owendo maintient actuellement son leadership dans la zone CEMAC, le futur complexe en eau profonde de Mayumba offrira une alternative de connectivité majeure pour les pays enclavés de la sous-région.

La publication de cet appel d’offres marque le compte à rebours d’une transformation industrielle attendue par les opérateurs économiques. Les regards sont désormais tournés vers le 3 novembre 2026, date à laquelle le profil des futurs bâtisseurs de ce géant des mers sera enfin dévoilé.

Melchior Ndabeyene

 

 

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