Economie

Entrepreneuriat au Gabon : pourquoi la jeunesse ‘’boude’’ la BCEG?

Lors de son adresse solennelle sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en congrès le 15 juin 2026, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a jeté un pavé dans la mare en dénonçant le faible engouement des jeunes gabonais pour les crédits entrepreneuriaux mis à leur disposition. Alors que l’État déploie des moyens financiers inédits, les guichets de la banque pour le commerce et l’entreprenariat du Gabon (BCEG)  peinent à attirer les porteurs de projets.

Près de deux ans après l’inauguration de la BCEG en décembre 2024, le levier censé dynamiser le tissu des PME locales tourne au ralenti. Seulement 8,9 % des fonds disponibles, soit 25 milliards FCFA, ont été effectivement mobilisés par les demandeurs. Avec des lignes de crédit à partir de 4% d’intérêt contre 13 à 15% dans le système bancaire classique.

Le chef de l’État n’a pas caché son incompréhension face à ce paradoxe économique. Le gouvernement a injecté une enveloppe massive de 25 milliards de FCFA pour soutenir l’auto-emploi et le secteur agricole à travers des mécanismes de garantie publique tels que les fonds FAMAD et CATR.

Mais derrière ce constat amer se cache un profond fossé entre la volonté politique de transition économique et les réalités socio-culturelles de la jeunesse. Ce manque d’intérêt apparent peut s’expliquer par une combinaison de barrières structurelles et de facteurs psychologiques bien ancrés. En effet, pour obtenir un prêt à la BCEG, les jeunes se heurtent aux exigences réglementaires classiques. Fournir des états financiers structurés, un business plan conforme ou des attestations juridiques complexes. Toute chose qui peut paralyser la majorité des start-ups informelles.

On peut ajouter à ce constat, Le culte de la fonction publique : le logiciel social gabonais reste historiquement programmé sur la quête de la sécurité de l’emploi. Devenir fonctionnaire demeure le gage ultime de réussite dans l’imaginaire collectif, reléguant l’entrepreneuriat au rang de solution de secours face au chômage. Alors, face au scepticisme de l’entourage et au manque de culture financière, l’accès au crédit fait peur.

Le recadrage présidentiel

Pour illustrer les freins qui minent l’efficacité des réformes, Brice Clotaire Oligui Nguema a pointé du doigt l’irresponsabilité de certains bénéficiaires. Il a notamment cité le cas d’un jeune entrepreneur ayant décroché un crédit de 60 millions de FCFA pour un projet agricole, mais qui a préféré détourner ces fonds pour s’offrir un véhicule de luxe.

Ce manque de maturité managériale pousse l’exécutif à exiger une prise de conscience collective. Pour pallier ce déficit, la banque -sous la direction de sa directrice générale daisy-Helen Ntoutoume  -a commencé à déployer les ‘’Ateliers PME’’ pour former les jeunes à la gestion de projet et à la comptabilité de base avant l’octroi des fonds.

Vers un assouplissement nécessaire ?

Le cri d’alarme lancé depuis la tribune du congrès résonne comme un appel urgent à réformer l’accès au crédit. Si la BCEG veut pleinement jouer son rôle de moteur de l’intégration économique nationale, un assouplissement des critères d’éligibilité et une intensification de l’accompagnement de proximité s’imposent. Sans cette flexibilité, la transition économique voulue par les autorités risque de se heurter durablement à la frilosité d’une jeunesse qui attend encore de voir ses réalités de terrain prises en compte.

Blaise Mangady

 

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