Retour éclair de Macky Sall à Dakar: l’opportunité d’une recomposition politique ?

Le paysage politique sénégalais est marqué par un séisme majeur avec le retour éclair, le 17 juillet 2026, de l’ancien président Macky Sall à Dakar. Absent du pays depuis la fin de son mandat en avril 2024, ce retour s’inscrit dans un agenda diplomatique mais intervient dans une configuration politique nationale profondément bouleversée par l’implosion du binôme exécutif issu du parti Pastef.
Macky Sall est revenu au Sénégal pour une visite de quelques heures seulement. Son objectif principal affiché est d’ordre diplomatique: mener campagne et solliciter le soutien officiel de son successeur, le président Bassirou Diomaye Faye, pour sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies (ONU).
L’ancien président s’est rendu directement au palais de la République pour une audience officielle avec Bassirou Diomaye Faye, matérialisant une image de dialogue institutionnel surprenante au vu du passif judiciaire et politique qui oppose l’ancien régime aux « Patriotes ».
Le triomphe de la ferveur populaire et la remobilisation de l’opposition
Bien que la visite ait été de courte durée, l’Alliance pour la République (APR) et les débris de l’ancienne coalition ‘’Benno Bokk Yakaar’’ ont réussi un véritable tour de force en matière de mobilisation. À son arrivée à l’aéroport de Yoff, Macky Sall a été accueilli par des milliers de militants enthousiastes, s’offrant un impressionnant bain de foule dans la capitale.
Cet accueil chaleureux reflète une partie de l’opinion publique déçue par les difficultés économiques actuelles, marquées par une baisse des projections de croissance et un endettement étouffant. Pour ses partisans, cette mobilisation est une tentative de réhabilitation de son bilan économique face au marasme actuel.
Toutefois, cet accueil enthousiaste est loin de faire l’unanimité. Des collectifs de victimes des violences politiques commises sous sa présidence ont fermement dénoncé cette visite, la qualifiant d’«indécente» et exigeant que justice soit faite pour les dizaines de manifestants tués entre 2021 et 2024.
Le contexte d’un Pastef profondément divisé et affaibli
Le retour de Macky Sall résonne de manière d’autant plus forte qu’il intervient au moment où le parti au pouvoir, le Pastef, traverse la crise la plus grave de son histoire. En mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a créé un séisme constitutionnel en limogeant son premier ministre et leader historique du Pastef, Ousmane Sonko. Cette rupture brutale a scindé le camp présidentiel en deux factions rivales.
Affaibli à l’Assemblée nationale et isolé face aux partisans purs et durs d’Ousmane Sonko, le président Diomaye Faye pourrait voir dans l’accueil institutionnel de son ancien rival, Macky Sall, une opportunité de recomposition politique ou, à tout le moins, la recherche d’un contrepoids politique.
Bien qu’Ousmane Sonko garde une emprise totale sur les structures militantes du Pastef (comme en témoigne sa réélection à l’unanimité à la tête du parti lors du congrès de juin 2026), l’exercice du pouvoir a fragmenté l’élan unitaire de l’ex-parti d’opposition. Cette division interne suscite la colère chez les radicaux du Pastef; à titre d’exemple, un conseiller à la présidence a immédiatement démissionné pour protester contre l’audience accordée à l’ancien chef de l’État.
Le retour de Macky Sall, même le temps d’une après-midi, agit comme un révélateur des fragilités du nouveau régime sénégalais. La ferveur de ses partisans démontre que l’ancien parti au pouvoir conserve une capacité de nuisance et de mobilisation intacte. En acceptant de recevoir l’homme qui l’avait emprisonné deux ans plus tôt, Bassirou Diomaye Faye joue une carte diplomatique audacieuse pour l’influence du Sénégal à l’ONU, mais prend le risque politique d’accentuer la fracture avec la base électorale d’Ousmane Sonko. Le jeu politique sénégalais s’en trouve plus imprévisible que jamais.
Fernand Ngadi




