Economie

Exploitation illégale de l’or: l’opération « Ekura » met fin à l’impunité

Pendant des décennies, des tonnes d’or ont quitté illégalement le sous-sol gabonais. Les réseaux criminels, profitant de l’immensité de la forêt équatoriale, organisaient l’extraction artisanale à grande échelle. Les interventions récentes marquent un tournant décisif.

Une bande d’exploitants illégaux de plusieurs nationalités a été neutralisée dans la province de la Ngounié entre le 15 et 19 juin dernier, ouvrant la voie à la réinstallation d’opérateurs crédibles. Les investigations de la direction générale des recherches (DGR) et des services spéciaux (DGSS) ont permis de neutraliser des filières gérées par des expatriés (notamment des ressortissants maliens), saisissant des centaines de millions de FCFA et d’importants stocks d’or brut.

Signe des temps, selon nos sources, les agents de sécurité ont refusé des pots-de-vin massifs (jusqu’à 30 millions de FCFA lors d’un coup de filet), illustrant la politique de fermeté. Les enquêtes démontrent que ce trafic alimentait le marché noir international, provoquant une évasion de capitaux estimée à plus de 1,5 milliard de FCFA par an.

Du marché noir à la loi de finances

L’avancée la plus structurelle réside dans la formalisation comptable de la ressource. Sous l’impulsion des nouvelles autorités, le secteur a été profondément réformé. L’or et le diamant n’avaient jamais été intégrés de façon rigoureuse dans les prévisions budgétaires nationales avant le virage amorcé fin 2024.

Grâce à la sécurisation des sites dans l’Ogooué-Ivindo et la Ngounié, les prévisions de la loi de finances rectificative indiquent que la production nationale d’or contrôlée devrait bondir de 400 à 800 kilogrammes. Désormais, tout l’or saisi ou extrait légalement est reversé dans les coffres de la Société équatoriale des mines (SEM)  pour être converti en substance souveraine au bénéfice du trésor public.

Les défis persistants de la filière aurifère

Malgré ces victoires judiciaires et douanières, la gestion de l’or au Gabon fait face à des obstacles majeurs : l’accélération des volumes pose des questions cruciales de logistique. Le pays doit consolider ses mécanismes de certification internationale pour vendre son or au cours mondial en toute transparence.

Sur le plan environnemental, l’orpaillage clandestin laisse derrière lui des rivières polluées au mercure et des pans entiers de forêts détruits. Et la restauration des sites est un chantier colossal. Le gouvernement doit arbitrer entre la répression des bandes étrangères criminelles et l’intégration des artisans gabonais légitimes dotés de cartes réglementaires (EXPART), sous peine de créer des tensions communautaires sur le terrain.

La bataille de l’or n’est pas seulement sécuritaire, elle est le baromètre de la capacité du Gabon à transformer ses richesses naturelles en leviers de développement réels et durables.

A.B

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