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Sénégal: le ‘’dictat’’ du Pastef, un rééquilibrage ou un dépouillement?

Au Sénégal, le cœur du débat repose sur une modification profonde de l’équilibre des pouvoirs au Sénégal. Pour le Pastef, ce texte n’est que l’application de ses promesses de campagne axées sur la fin du «présidentialisme absolu». Cependant, l’analyse de la proposition de loi n°17/2026 met en lumière des dispositions qui restreignent fortement le champ d’action du président de la République.

La réforme propose d’élargir la faculté de déposer une motion de censure jusqu’à dix fois au cours d’une même législature. Cela expose le gouvernement à une instabilité permanente si l’exécutif ne s’aligne pas sur le parti majoritaire.

À l’inverse, le droit de dissolution de l’Assemblée nationale par le président serait strictement bridé et limité à une seule fois durant l’intégralité de son mandat présidentiel. Ousmane Sonko insiste sur le fait que le texte adopté par les députés doit être soumis tel quel au peuple. Il refuse au chef de l’État le droit d’y apporter la moindre modification ou relecture avant le vote.

Cette architecture juridique vise à installer une forme de régime parlementaire de fait. Dans ce système, l’autorité réelle glisse des mains de l’élu de la nation (le président Faye) vers celles du chef de la majorité parlementaire (Ousmane Sonko). Pour l’opposition, qui a boycotté la séance en dénonçant une «forfaiture » et des méthodes autoritaires dans l’hémicycle, ce projet s’apparente à un coup de force institutionnel visant à neutraliser le président.

Cette offensive législative ne peut s’isoler du calendrier politique récent. Elle survient seulement quelques semaines après que le président Bassirou Diomaye Faye a limogé Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre en mai 2026. Ayant rebondi au perchoir de l’Assemblée nationale, le leader du Pastef utilise aujourd’hui sa légitimité parlementaire comme un bouclier et une arme politique.

L’argumentaire officiel du Pastef invoque une « modernisation institutionnelle». Néanmoins, l’empressement à faire voter ce texte ressemble fort à une stratégie de rechange pour contrer l’isolement d’Ousmane Sonko au sommet de l’État. En cherchant à dépouiller la présidence de ses prérogatives historiques, la majorité parlementaire tente de lier les mains d’un président qu’elle a pourtant contribué à faire élire en 2024.

Face à ce que d’aucuns qualifient de dictat parlementaire, le président Bassirou Diomaye Faye a choisi de ne pas céder. Plutôt que de promulguer directement la loi comme le réclame avec insistance Ousmane Sonko, le chef de l’État a rejeté les dispositions du Pastef et a décidé de renvoyer le texte devant le peuple sénégalais par la voie du référendum. Le scrutin ne portera pas uniquement sur des articles de loi, mais se transformera inévitablement en un vote «Pour ou Contre» la ligne politique d’Ousmane Sonko.

En figeant le processus constitutionnel autour de l’organisation d’un référendum, le président Faye reprend la main sur le calendrier politique. Il prive le Pastef d’une victoire institutionnelle immédiate.

Le Sénégal se retrouve donc à la croisée des chemins. La tentative du Pastef de redéfinir la constitution pour affaiblir la fonction présidentielle se heurte désormais à la résistance de l’exécutif. Cette crise ouverte démontre que la cohabitation au sommet de l’État sénégalais a basculé d’une alliance historique vers une guerre d’usure institutionnelle où le peuple aura certainement le dernier mot.

Blaise Mangady

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