Géopolitique: quand le pétrole de Kafra divise l’AES!

L’Alliance des États du Sahel (AES) traverse sa première véritable crise de cohérence géopolitique à la suite du rapprochement énergétique spectaculaire entre le Niger et l’Algérie.
Alors que l’organisation sahélienne prône une rupture radicale avec les influences extérieures, la signature récente de plusieurs mémorandums d’entente à Alger -liant la compagnie nigérienne Sonidep aux filiales du géant algérien Sonatrach- provoque de vives crispations chez les alliés malien et burkinabè.
Début juin 2026, le Niger et l’Algérie ont officialisé des accords majeurs pour relancer l’exploration pétrolière, notamment sur le bloc frontalier de Kafra. Ce gisement critique recèle plus de 160 millions de barils de réserves, et pourrait apporter juisqu’à 90.000 barils par jour supplémentaires à la production nationale.
Ce rapprochement pétrolier brise le front uni que l’AES tentait d’opposer à Alger. Depuis la crise d’avril 2025 -déclenchée après qu’un chasseur algérien a abattu un drone de l’armée malienne à la frontière-, Bamako et Ouagadougou considèrent l’Algérie comme un voisin hostile. Le rappel conjoint des ambassadeurs de l’AES en poste à Alger avait acté cette rupture diplomatique.
Mais pour le Niger, le pays a un besoin vital de l’expertise de la Sonatrach pour financer le budget national et pour sa sécurité énergétique. Niamey a reçu un don d’une centrale électrique de 40 MW pour stabiliser le réseau du pays. Or, le Mali et le Burkina-Faso refusent de coopérer avec un état accusé de violer l’intégrité territoiriale de l’AES.
Dans les cercles diplomatiques de Bamako et de Ouagadougou, l’attitude du général Abdourahamane Tiani passe mal. Certains analystes sahéliens n’hésitent plus à qualifier le Niger de « cheval de Troie » du président algérien Abdelmadjid Tebboune au sein de l’alliance. Selon eux, l’Algérie profite de la manne pétrolière pour diviser pour mieux régner au Sahel, affaiblissant la cohésion de la confédération au moment où celle-ci cherche à s’affirmer sur la scène internationale.
A l’évidence, la dépendance technique pour exploiter le sous-sol démontre les limites de l’autarcie économique prônée par la charte de l’AES. Faute de capacités de raffinage et d’ingénierie locales suffisantes, certains pays comme le Niger sont contraints de privilégier leur survie financière au détriment de la solidarité politique avec ses voisins.
Si l’alliance militaire reste soudée face aux menaces terroristes communes, l’économie réelle pourrait bouleverser la géopolitique de l’AES. Sauf si la confédération se sent capable de formaliser une politique énergétique commune pour gérer au sein de leur bloc les hydrocarbures et autres richesses de leur sous-sol.
Adeline Babongui




