Accès à l’eau potable: Suez réussira-t-elle où Veolia a échoué?

La question vaut son pesant d’or au regard de la situation critique liée au stress hydrique que vivent les populations du pays. Après 20 ans de concession de la SEEG, Veolia est partie sans avoir trouvé les solutions aux difficultés d’eau et d’électricité que connaît le Gabon depuis des lustres. Suez arrive mais en tant que partenaire technique aux côtés de la SEEG. Une posture qui parait plus réaliste, selon les observateurs du secteur.
Lancé officiellement dans sa phase opérationnelle en mars 2026 pour un montant de 132 milliards de FCFA (200 millions d’euros) sur 5 ans, ce plan vise à restructurer un réseau hydraulique au bord de l’asphyxie. Si le géant français dispose d’atouts technologiques indéniables, le contexte gabonais impose des contraintes structurelles qui tempèrent tout optimisme aveugle.
Certes, Suez arrive avec un modèle d’intervention radicalement différent, structuré pour éviter les écueils de son prédécesseur. L’entreprise française ne remplace pas la SEEG. Les équipes locales restent au cœur du pilotage, tandis que Suez apporte l’expertise et la technologie. Avec la création du « Lab », une structure dédiée qui réunit des experts en binômes (Suez-SEEG) pour assurer un transfert de compétences direct. Aussi, Suez déploie la digitalisation des réseaux et sa méthode d’évaluation de compétences WIKTI pour stopper l’hémorragie commerciale de la SEEG.
Au Gabon, 70% à 80% de l’eau produite est perdue à cause de la vétusté des tuyaux. Le projet se concentre en priorité sur l’urgence : la réhabilitation des adductrices reliant l’usine de Ntoum à Libreville.
Contrairement aux promesses passées, une partie du budget est disponible. En mai 2026, l’État a injecté un premier versement de 1,9 milliard de FCFA (3 millions d’euros) pour lancer l’achat des équipements. Ce qui marque une volonté politique maximale, d’autant plus que le pouvoir fait de l’accès universel à l’eau le pilier numéro 1 de son action.
Pendant deux décennies (1997-2018), Veolia, via sa gestion majoritaire de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), a cristallisé la colère des usagers. Les raisons de cet échec sont multiples : contrairement à Suez, Veolia portait l’entière responsabilité commerciale et technique. Le manque d’investissements de l’État dans les infrastructures lourdes (barrages, usines) combiné à un sous-investissement de la multinationale a créé un gel structurel.
La rupture brutale du contrat en 2018 par l’État gabonais a révélé une faillite de gouvernance et une crise de confiance profonde entre le pouvoir public et l’opérateur privé.
L’échec reste possible si Suez se heurte aux mêmes réalités physiques et économiques que Veolia. En effet, les canalisations majeures ont plus de 40 ans. Les réparer ressemble parfois à poser des pansements sur une jambe de bois ; un remplacement total exigerait un budget bien supérieur aux 132 milliards budgétés. Ajouté à cela, Suez doit composer avec une entreprise publique qui traverse des crises financières et de gouvernance régulières.
Adeline Babongui




