Oligui Nguema devant le congrès: le grand oral de la ‘’refondation’’!

Ce discours marque un tournant institutionnel majeur. En se présentant devant le Congrès, le chef de l’État inaugure le tout premier exercice du genre sous l’égide de la 5ème République, coïncidant avec le premier anniversaire de son mandat. L’exercice répond à l’article 59 (alinéa 4) de la nouvelle Constitution, adoptée par référendum.
C’est un grand oral de la ‘’réfondation’’ que s’est soumis le président de la république, ce lundi 15 juin 2026 au Palais Léon Mba. En insistant sur son humilité et sa soumission à cette «obligation de reddition des comptes», le chef de l’Etat marque une rupture de style radicale avec l’ancien régime, s’efforçant de troquer l’image d’un pouvoir vertical contre celle d’une gouvernance moderne et transparente.
Le cœur sémantique de ce discours du chef de l’état, chef du gouvernement repose la refondation. Le président de la république ancre sa légitimité dans le « Coup de la Libération » du 30 août 2023. Il prend soin de définir ce terme pour désarmer les critiques. Car, refonder n’est pas « effacer l’histoire », mais faire un inventaire « sans complaisance ».
Il s’agit de légitimer la transition d’un régime militaire de transition vers un ordre constitutionnel permanent: l’édifice nouveau, en transformant l’action de force initiale en un projet de construction nationale de long terme.
L’inventaire à charge de « l’héritage »
Pour valoriser son action future, le chef de l’État dresse un réquisitoire implacable -sous forme d’une longue liste d’anachronismes- de la situation du pays avant son accession au pouvoir. Le spectre des défaillances balaye l’ensemble des secteurs régaliens et sociaux: institutions complices, corruption endémique, impunité des gestionnaires de deniers publics.
Sur le plan économique et sociale: dette abyssale, suspension des bourses et des recrutements dans la fonction publique, chômage de masse; naufrage des services publics avec crise de l’eau et de l’énergie, une justice paralysée par les grèves et la faillite du système de santé (CNAMGS).; une crise identitaire avec l’abandon de l’unité nationale et du concept de «Gabon d’abord». En insistant sur la profondeur du gouffre hérité, le président prépare les populations à la patience et indique les «efforts et les sacrifices» requis.
Face à la précarité persistante, le ton se veut pragmatique, empathique et résolu. Le président utilise une technique narrative classique mais efficace : l’anecdote locale. En citant l’interpellation d’une jeune fille mère du village de « Biliba » (Ogooué-Ivindo), il montre qu’il est à l’écoute du « Gabon profond ».
«Mon mandat ne sera pas celui des fausses promesses et des maquettes mais plutôt celui de la responsabilité, des actions et du bâtis» En rejetant explicitement la politique «des maquettes» (un reproche fréquemment fait aux projets non aboutis des décennies précédentes), il se positionne comme un homme de terrain et d’impact réel.
Une main tendue au Parlement
La dernière partie du texte révèle la nouvelle architecture politique du pays. Le président défend vigoureusement la nouvelle constitution face aux «adeptes de la critique stérile» en mettant en avant le renforcement des pouvoirs du Parlement. Entre autres: droit d’interpellation des ministres; capacité de recommander la destitution de membres du gouvernement pour manquements éthiques; participation au pouvoir de nomination…
En lançant un retentissant « A vous de jouer pleinement votre rôle », le président opère un glissement de responsabilité habile : si le contrôle de l’exécutif échoue, ce sera désormais de la responsabilité des parlementaires, et non plus de la sienne seule. En parallèle, il entrouvre la porte à des réformes électorales d’envergure, évoquant la possibilité de rendre le vote obligatoire pour lutter contre l’abstention.
Le grand oral du 15 juin 2026 est un exercice de communication politique maîtrisé. Il valide la transition vers la 5ème République, capitalise sur la symbolique du 30 août 2023, rejette la responsabilité des difficultés actuelles sur l’ancien système et propose un contrat de performance basé sur le pragmatisme.
Le président réussit à paraître à la fois protecteur des institutions et proche du citoyen lambda, tout en renvoyant le Parlement à ses nouvelles responsabilités constitutionnelles.
Nelson Tchimbakala




