Classement V-DEM 2026: le Gabon quitte la «zone rouge»!

Selon les conclusions du rapport mondial ‘’Democracy Report 2026’’ publié en juin 2026 par l’institut suédois Varieties of Democracy (V-Dem), Libreville franchit un cap symbolique majeur en s’extirpant de la liste noire des régimes en dégradation continue, marquant un tournant deux ans après le ‘’coup de libération’’ d’août 2023. Si les défis institutionnels structurels demeurent importants, la trajectoire politique du pays est désormais saluée comme une dynamique positive à l’échelle internationale.
Le paysage politique gabonais reçoit une bouffée d’oxygène sur la scène internationale. L’institut de recherche réputé Varieties of Democracy (V-Dem), rattaché à l’université de Göteborg, a dévoilé son indice de démocratie libérale (LDI) pour l’année. Le constat est sans équivoque : le Gabon se positionne désormais au 114ᵉ rang mondial sur 179 États évalués. Cette timide mais cruciale progression sort définitivement le pays de la zone rouge où il stagnait lors de la fin de l’ère Bongo.
Pendant de nombreuses années, les rapports V-Dem successifs classaient invariablement le Gabon parmi les pays subissant la pire détérioration de leurs indicateurs de gouvernance. L’édition 2026 inverse la tendance. L’institut suédois a choisi de retirer Libreville de la liste des États en recul démocratique pour l’inscrire dans le groupe des évolutions positives globales.
Mieux encore, les experts de V-Dem qualifient désormais le Gabon de potentiel «démocratiseur». Cette mention flatteuse découle directement des engagements tenus par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), notamment : la restauration des institutions via l’adoption d’un nouveau cadre constitutionnel; la tenue de scrutins clés visant à organiser le retour programmé à un pouvoir civil; une normalisation diplomatique affirmée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, replaçant le pays au cœur des instances multilatérales.
Un chantier permanent pour maintenir le cap
Malgré l’enthousiasme de cette sortie de crise, les analystes de V-Dem invitent à une profonde lucidité : le Gabon part de très loin. Avec un score de 0,18 sur 1 à l’indice de démocratie libérale, le pays reste cantonné dans la catégorie des « autocraties électorales ». Autrement dit, ce classement rappelle que si le multipartisme et les processus électoraux ont été réactivés, les critères fondamentaux d’une démocratie libérale accomplie (totale indépendance de la justice, équité parfaite des scrutins, culture ancrée des libertés publiques) nécessitent encore des réformes en profondeur. Le Gabon se situe toujours derrière les modèles du continent tels que Maurice, les Seychelles ou le Botswana, et accuse un léger fléchissement sectoriel dans d’autres indices, comme le classement 2026 de Reporters sans frontières où il glisse au 43ᵉ rang mondial pour la liberté de la presse.
Le rapport V-Dem 2026 dresse un parallèle historique préventif en citant le cas de la Zambie. À l’instar de cette dernière, qui avait connu un sursaut démocratique spectaculaire avant de voir ses acquis s’effriter, le Gabon doit consolider durablement ses structures. La transition politique a permis de briser le plafond de verre de la zone rouge, mais le plus dur commence pour Libreville : transformer l’embellie statistique en une culture démocratique irréversible. Alors que la démocratie perd du terrain partout dans le monde, y compris aux États-Unis selon V-Dem, le Gabon fait figure d’exception. Pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il avance.
Melchior Ndabeyene




