International

Opération Barkhane: Bamako professe la mauvaise foi! 

Une vidéo virale sur les réseaux sociaux attribue des propos chiffrés au ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, sur le coût de l’opération Barkhane. Si le montant de deux millions d’euros par jour et l’absence de cession d’avions sont globalement avérés, la réalité est que Paris a  entièrement payé l’opération et transféré les matériels militaires français à Bamako à la fin de l’opération.

Tout a commencé par un montage vidéo de 1 minute 24 secondes, massivement relayé sur les réseaux sociaux et l’application WhatsApp. La séquence met en scène la montée en puissance militaire du Mali grâce à son alliance avec Moscou, tout en fustigeant le bilan de la présence française.

Derrière la voix off de ce montage se cache Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Lors d’une conférence publique tenue en août 2023, le chef de la diplomatie malienne a frontalement critiqué l’efficacité des budgets investis par Paris : « L’opération Barkhane a coûté deux millions d’euros par jour pendant neuf ans. À sa fin, la France n’a donné aucun avion au Mali. »

Le ministre a opposé ce bilan aux acquisitions récentes d’aéronefs réalisées par Bamako « sur ressources propres », malgré le contexte de sanctions et d’embargo subis par le pays.

La réalité des chiffres : deux millions d’euros par jour ?

Face à ces déclarations, les données officielles de l’État français apportent une clarification budgétaire. Selon un rapport d’information de l’Assemblée nationale française, le coût quotidien de l’opération Barkhane a effectivement atteint, et même dépassé, le seuil mentionné par Abdoulaye Diop.

Ainsi donc, de 2014 à 2020, le budget de la mission a évolué : le coût moyen s’est établi à 1,88 million d’euros par jour (soit environ 1,22 milliard de francs CFA). À partir de 2018, la barre des 2 millions d’euros quotidiens a été officiellement franchie. Les surcoûts complets ont culminé à près de 2,4 millions d’euros par jour.

Sauf que le budget de l’opération Barkhane incombait directement à l’État français. Il était inscrit au budget de la défense nationale de la France sous la ligne budgétaire des OPEX (Opérations Extérieures). Le coût annuel : environ 600 millions d’euros par an. L’effort global de la France au Sahel est estimé entre 5 et 8 milliards d’euros à la charge des contribuables français.

Que payait la France? : la solde des militaires français, le carburant, la maintenance des blindés, des hélicoptères et des avions de chasse, ainsi que les infrastructures de ses propres bases (Gao, Tessalit, Kidal).

Pas d’avions, mais des transferts terrestres majeurs

Sur le volet des équipements militaires, Paris confirme qu’aucune « cession d’hélicoptère ou d’avion » n’a été effectuée au profit de l’armée malienne à la fin de la mission. Les autorités françaises rappellent que «le format et le volume de l’opération Berkhane ont été déterminés en coordination avec les autorités maliennes afin de répondre au plus juste à leurs demandes et besoins».

Cependant, le gouvernement français récuse l’idée d’un départ sans aucun transfert de matériel. Paris souligne avoir régulièrement cédé des équipements terrestres et des infrastructures aux Forces armées maliennes (FAMa). Le bilan des cessions françaises intègre notamment : quatre Unités légères de reconnaissance et d’intervention (Ulri) déployées dans la zone du Liptako-Gourma; des véhicules de type pick-up et des motos; des moyens de transmission et des équipements de protection individuelle. Et le camp militaire de Labbezanga a été entièrement construit par la France avant d’être transféré.

Melchior Ndabeyene

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page