International

Ukraine : le lourd tribut des ressortissants camerounais sur le front russe

 Longtemps resté un sujet tabou ou relégué aux réseaux sociaux, le sort des ressortissants camerounais engagés dans le conflit russo-ukrainien a pris une tournure dramatique ce mois-ci. Entre confirmations officielles et enquêtes indépendantes, le pays découvre l’ampleur d’un sacrifice humain motivé par la précarité et des promesses de naturalisation.

L’émotion est vive dans plusieurs régions du Cameroun. Le 6 avril dernier, le gouvernement camerounais a franchi un pas inédit, en publiant une liste officielle de 16 personnes de nationalités camerounaises tuées au combat. Mais derrière ce chiffre, la réalité comptable semble bien plus lourde.

 Selon les données croisées du collectif d’investigation All Eyes on Wagner et de plusieurs ONG de défense des droits humains, le nombre de Camerounais ayant péri sur le sol ukrainien s’élèverait en réalité à plus de 90 victimes. Au total, environ 335 Camerounais auraient été identifiés comme combattants sous la bannière russe, faisant du Cameroun l’un des contingents africains les plus touchés par le conflit.

 L’enquête révèle un mode opératoire de recrutement souvent trompeur. Si certains anciens militaires ont rejoint les rangs russes par conviction ou appât du gain (avec des soldes promises dépassant les 1,3 million de FCFA), beaucoup d’autres ont été piégés.

Des témoignages de familles font état de jeunes hommes partis initialement pour des emplois de conciergerie, de sécurité ou de construction en Russie. Une fois sur place, sous la pression administrative ou face à la menace d’expulsion, ces derniers auraient été contraints de signer des contrats avec le ministère russe de la Défense.

 Une diplomatie camerounaise sous pression

 Face à la multiplication des vidéos de prisonniers de guerre camerounais circulant sur les réseaux sociaux et à la pression des familles restées sans nouvelles, Yaoundé a dû sortir de son mutisme. Le ministre des Relations extérieures a récemment convoqué l’ambassadeur de Russie pour exiger des « clarifications urgentes ». Le gouvernement camerounais insiste désormais sur la protection de ses citoyens, tout en rappelant que l’engagement dans une armée étrangère reste une initiative privée, non cautionnée par l’État.

Un deuil impossible

 Pour les familles, le calvaire ne s’arrête pas à l’annonce du décès. Le rapatriement des corps reste quasi inexistant, la plupart des victimes étant enterrées dans des carrés militaires anonymes en zone occupée ou en territoire russe. « Nous voulons juste une preuve, un lieu où nous recueillir », confie le frère d’une victime originaire de l’Ouest-Cameroun, à un confrère.

Alors que le conflit s’enlise, le cas des « mercenaires malgré eux » du Cameroun pose avec acuité la question de la vulnérabilité de la jeunesse africaine face aux sombres réseaux de recrutement internationaux dans les zones de guerre: Surtout dans un pays: la Russie, perçue par certains  »panafricanistes » comme le  »sauveur » du continent.

Blaise Mangady

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page