Transparence financière au Gabon: la Cour des comptes réclame 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes

La Cour des comptes du Gabon frappe un grand coup en exigeant la restitution de 1 700 milliards de FCFA au titre de débets et d’amendes. Annoncée par le Premier président de l’institution, Alex Euv Moutsiangou, cette somme astronomique met en lumière l’ampleur des dérives budgétaires et pose un défi historique à l’État gabonais: transformer ces condamnations en recouvrements effectifs.
À l’approche de la rentrée judiciaire, le bilan dressé par la Cour des comptes du Gabon a fait l’effet d’une déflagration dans l’opinion publique. L’institution a révélé avoir identifié 1 700 milliards de francs CFA de débets et d’amendes accumulés à la suite d’une accélération sans précédent de ses contrôles.
Pour mesurer la démesure de ce montant, les analystes financiers rappellent qu’il représente près de 80 % du budget annuel d’investissement de l’État ou, comme l’indique Alex Euv Moutsiangou, «l’équivalent du budget de certains pays». Un débet étant juridiquement une somme dont un gestionnaire ou un comptable public est reconnu redevable envers l’État en raison d’irrégularités commises, ce chiffre colossal traduit l’ampleur des fonds publics « distraits » ou détournés.
L’offensive de la Ve République contre l’impunité
Ce coup de filet comptable découle d’une intensification nette de l’activité de la juridiction financière. Sur la période écoulée, la Cour affiche un taux d’exécution des contrôles particulièrement agressif: 89,40 % des 368 ordres de mission signés ont été exécutés.
Parallèlement, rompant avec une longue tradition d’opacité, l’institution joue désormais la carte de la transparence absolue. La publication récente d’un recueil complet détaillant les arrêts rendus, l’identité des agents publics concernés et les montants en cause participe à cette volonté de moralisation de la vie publique à l’ère de la Ve République. « Ce peuple mérite de savoir exactement ce qu’il se passe », a martelé le Premier président de la Cour.
L’enjeu crucial du recouvrement: des caisses publiques sous pression
Si l’identification de ces irrégularités constitue une victoire morale, le véritable défi réside désormais dans l’exécution des décisions. Jusqu’à présent, cette immense fortune demeure virtuelle et n’a pas réintégré le Trésor public.
Face à cette urgence économique, la société civile s’impatiente. Des voix s’élèvent, à l’instar de celle de Nicaise Moulombi, président de l’ONG Croissance Saine Environnement, qui appelle sans détour l’appareil judiciaire à dépasser les déclarations d’intention et à procéder immédiatement à des saisies conservatoires des biens des responsables identifiés.
La Cour des comptes affirme travailler en parfaite harmonie avec le Parquet général. Reste à savoir si l’appareil exécutif déploiera la force coercitive nécessaire pour forcer les coupables à restituer l’argent des Gabonais aux Gabonais.
Adeline Babongui




