Pêche illégale au Gabon: les techniques frauduleuses des chalutiers chinois

Par quels moyens un pays lointain du golfe de Guinée comme la Chine peut-il se trouver régulièrement pris en flagrant délit de pêche illégale dans les eaux gabonaises? L’intrusion des flottes de pêche chinoises : la flotte dite « de grande valeur », dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) du Gabon, est un problème récurrent qui s’explique par une combinaison de ruses technologiques, de failles juridiques et de limites de surveillance locale.
Ces navires industriels utilisent plusieurs méthodes spécifiques pour pénétrer et piller illégalement les eaux gabonaises, en particulier les aires marines protégées. Pour entrer incognito dans les eaux gabonaises, la technique la plus courante est la tactique des ‘’navires fantômes’’ qui consiste à désactiver volontairement le système d’identification automatique (AIS) du navire. En éteignant ce transpondeur obligatoire, les chalutiers disparaissent des écrans radar civils et des cartes de suivi par satellite, ce qui leur permet de franchir la frontière maritime gabonaise sans être repérés en temps réel.
Une autre pratique est l’usage de pavillons de complaisance. Ainsi, pour contourner les interdictions de pêche au Gabon, de nombreux navires appartenant à des sociétés chinoises masquent leur véritable identité en achetant des pavillons de complaisance auprès de pays voisins comme la République du Congo, le Ghana ou le Sénégal. Ainsi, des navires techniquement chinois entrent dans les eaux gabonaises sous couvert d’une immatriculation régionale ou d’accords bilatéraux d’Afrique centrale. Récemment, en juillet 2026, trois navires battant pavillon congolais mais opérés par des équipages chinois ont été arraisonnés en plein flagrant délit dans une aire protégée du Gabon.
Autre astuce : les chalutiers profitent de leur positionnement juste à la lisière des frontières maritimes (notamment avec le Congo). Ils attendent la tombée de la nuit pour franchir la frontière à basse vitesse, déploient leurs filets destructeurs comme le chalutage de fond, puis font rapidement machine arrière vers les eaux internationales ou voisines si des patrouilles gabonaises approchent.
L’exploitation des limites de surveillance et complicité locale
Bien que le Gabon possède l’un des réseaux d’aires marines protégées les plus vastes d’Afrique, la surveillance constante d’une telle étendue maritime demande d’immenses ressources logistiques. Les pilleurs profitent du fait que la Marine nationale et l’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN) ne disposent pas toujours d’assez de vedettes rapides ou de carburant pour couvrir l’intégralité de la ZEE simultanément.
Certains navires industriels parviennent à corrompre des intermédiaires ou obtiennent des licences de pêche locales de manière opaque. Une fois le pied dans la zone légale, ils violent les clauses en allant pêcher dans les sanctuaires écologiques fermés à la pêche comme le parc de Mayumba, où le poisson est plus abondant.
Melchior Ndabeyene




