Gabon et Guinée équatoriale: le triomphe de la diplomatie africaine à Addis-Abeba

Le différend territorial vieux d’un demi-siècle opposant le Gabon et la Guinée équatoriale vient de franchir un cap historique. Réunis en marge de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, les deux États ont signé, ce 28 juillet 2026, un « Accord d’engagement conjoint » décisif pour clore pacifiquement leur litige. Cet acte s’inscrit directement dans la lignée de l’arrêt rendu par la Cour internationale de Justice (CIJ).
Depuis le début des années 1970, Libreville et Malabo se disputaient la souveraineté sur l’île de Mbanié (environ 30 hectares) ainsi que sur deux îlots adjacents, Cocotiers et Conga. Bien que ces territoires soient minuscules et pratiquement inhabités, ils se situent dans la baie de Corisco, une zone maritime hautement stratégique du golfe de Guinée. L’enjeu principal repose sur la délimitation des frontières maritimes et le contrôle d’eaux territoriales réputées très riches en ressources halieutiques et en gisements de pétrole et de gaz.
Les deux pays s’opposaient sur l’interprétation de deux textes historiques : le Traité de Paris (1900), signé entre la France et l’Espagne (alors puissances coloniales), cet accord attribuait initialement ces possessions maritimes à la couronne espagnole. Puis la Convention de Bata de 1974. Invoquée par le Gabon, cette convention signée après les indépendances prévoyait un transfert de souveraineté de ces îles au bénéfice de Libreville.
Le verdict de la Cour internationale de Justice (CIJ)
Faute d’un consensus bilatéral, le Gabon et la Guinée équatoriale ont signé un compromis en 2016 (entré en vigueur en 2020) pour porter officiellement leur différend devant la CIJ à La Haye au Pays-Bas.
Et le 19 mai 2025, la plus haute juridiction des Nations unies a rendu son arrêt : la CIJ a formellement validé les titres juridiques découlant du Traité de Paris de 1900. Elle a ainsi confirmé que l’Espagne détenait la souveraineté sur Mbanié, Cocotiers et Conga, titre légal qui a été automatiquement transmis à la Guinée équatoriale lors de son indépendance en 1968.
La Cour a écarté la Convention de Bata de 1974 mise en avant par le Gabon, notamment en raison de l’absence d’un exemplaire original juridiquement valable.
L’arrêt de la CIJ a ainsi tranché définitivement le volet juridique du litige, tout en exhortant les deux capitales à négocier de bonne foi les modalités pratiques de sa mise en œuvre sur le terrain.
L’accord d’Addis-Abeba du 28 juillet 2026: le triomphe de la diplomatie africaine
Bien que la décision de la justice internationale ait été prononcée en 2025, sa transcription géographique et politique nécessitait un consensus diplomatique pour éviter tout regain de tension. C’est l’objectif fondamental de l’accord historique paraphé le 28 juillet 2026 à Addis-Abeba.
Sous la médiation active de l’Union africaine -notamment portée par l’envoyé spécial Albert Shingiro-, le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Simeón Oyono Esono Angüe, et le président du Conseil constitutionnel gabonais, Dieudonné Aba’a Owono, ont signé ce protocole d’engagement mutuel.
Cet accord d’Addis-Abeba se structure autour de points essentiels : le Gabon et la Guinée équatoriale s’engagent de manière irrévocable à appliquer l’arrêt de la CIJ et à acter la souveraineté définitive de Malabo sur les îles disputées.
« Au delà de la portée juridique de cet accord, nous y voyons un acte de confiance mutuelle et un engagement politique fort en faveur de la préservation de la paix en Afrique centrale. Dans un contexte continental marqué par de multiples défis sécuritaires, cette démarche démontre que le dialogue et la coopération demeurent les meilleurs instruments de prévention des tensions », s’est exprimé au nom du Gabon, Dieudonné Aba’a Owono, président la Cour Constitutionnelle.
« Nous portons la responsabilité historique de démontrer que des Etats voisins peuvent mettre en œuvre une décision juridictionnelle internationale avec sérénité, responsabilité et bonne foi, tout en maintenant un profond respect des institutions internationales et africaines. L’Afrique nous observe. Le monde nous observe. Nos peuples nous observent », a pour sa part déclaré le ministre des affaires étrangères, de la coopération internationale et de la diaspora de la Guinée équatoriale.
Plutôt qu’une application brutale, le document définit une feuille de route diplomatique et institutionnelle. Il permet d’encadrer de façon concertée le tracé final de la frontière maritime et la gestion des eaux territoriales.
L’accord privilégie le dialogue continu pour s’assurer que l’exploitation future des ressources pétrolières et halieutiques de la zone se fasse dans un esprit de co-développement transfrontalier.
Le dénouement de cette crise est salué par la Commission de l’Union africaine comme un modèle de maturité politique pour l’ensemble du continent. « L’accord signé aujourd’hui est bien plus qu’un instrument juridique. Il est le témoignage de la maturité politique de deux nations africaines qui ont choisi le dialogue plutôt que la confrontation, la coopération plutôt que la division et le respect de l’Etat de droit plutôt que le recours à la force », a déclaré l’ambassadeur Edourd Bizimana, ministre des affaires étrangères du Burundi et président du conseil exécutif de l’Union africaine.
En combinant la rigueur du droit international (l’arrêt de la CIJ de 2025) et la flexibilité de la médiation panafricaine (l’accord d’Addis-Abeba de 2026), le Gabon et la Guinée équatoriale prouvent qu’un différend frontalier complexe et hautement stratégique peut être résolu sans recours aux armes.
Adeline Babongui




