Libreville sans bacs à ordures: le grand défi du ‘’18-21 h’’

Pour gérer les ordures ménagères à Libreville après l’interdiction des bacs publics par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, les citoyens doivent impérativement conditionner leurs déchets dans des sacs hermétiques et les remettre directement aux camions de collecte entre 18 h et 21 h. Cette décision majeure du Chef de l’État, annoncée en août 2026 lors de sa tournée républicaine, vise à éradiquer définitivement les points de regroupement sauvages et insalubres qui défiguraient la capitale gabonaise.
C’est un véritable séisme dans les habitudes des populations du Grand Libreville. En déclarant fermement que « la politique des bacs à ordures ménagères, il faut arrêter avec », le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, a sifflé la fin d’une époque. Fini les bacs à ordures débordants au coin des rues, les odeurs nauséabondes à Nzeng-Ayong ou au PK5, et les caniveaux bouchés par les dépôts anarchiques.
Pour faire appliquer cette directive, la mairie de Libreville a réactivé l’arrêté n°0461 de 2022 et déployé une brigade municipale chargée de contrôler et de verbaliser les contrevenants. Face à cette « guerre contre l’insalubrité », comment les ménages peuvent-ils s’adapter sans transformer leurs concessions en décharges privées ? Des solutions à court et long termes émergent pour réinventer la salubrité de la capitale.
Le nouveau protocole municipal repose sur une discipline horaire stricte. Les ordures ne doivent plus stagner sur la voie publique. Les déchets doivent être triés et stockés à domicile dans des sacs poubelles hermétiquement fermés. Les résidents doivent guetter le passage des bennes de ramassage de Clean Africa entre 18 heures et 21 heures pour une remise directe de main à main.
Vers des solutions durables pour les ménages et les quartiers
Pour éviter le chaos dans les zones d’accès difficile (les « quartiers sous-intégrés » ou enclavés), le modèle traditionnel doit laisser la place à l’innovation participative. Dans les ruelles où les camions de Clean Africa ne peuvent circuler, des PME locales de jeunes Gabonais ou des syndicats de quartier peuvent s’organiser. Moyennant une contribution mensuelle modique par ménage, ces pré-collecteurs peuvent récupérer les sacs à domicile à l’aide de brouettes ou de triporteurs pour les acheminer groupés vers les axes principaux au moment du passage du camion. C’est l’amorçage de la collecte en porte-à-porte souhaitée par les autorités.
Le compostage domestique des déchets organiques
Une autre solution est le compostage domestique des déchets organiques. En effet, près de 50 % des déchets produits à Libreville sont organiques (restes de nourriture, épluchures de manioc, de banane). En adoptant le compostage individuel (dans un bac au fond de la concession) ou partagé entre voisins, les ménages réduiront de moitié le volume de leurs poubelles, éliminent les mauvaises odeurs et produisent un engrais riche pour les jardins urbains.
L’interdiction des bacs doit pousser à la valorisation des matières plastiques. Les contenants en plastique peuvent être isolés et revendus ou remis à des structures de recyclage locales, réduisant ainsi l’encombrement des sacs familiaux. Cette transition s’intègre dans un plan gouvernemental bien plus vaste. Parallèlement au retrait des bacs de rue, l’État gabonais accélère la fermeture progressive de la décharge saturée de Mindoubé.
Le salut de la capitale repose désormais sur le grand projet de gestion durable lancé en février 2026 à Nkoltang. Conçu en partenariat avec des leaders du secteur (Suez, Clean Africa, Mika Services), ce futur Centre de Traitement et de Valorisation des Déchets (CTVD) permettra de basculer d’une politique d’enfouissement sauvage à une véritable économie circulaire. De plus, l’intérêt récent de grands groupes internationaux, notamment des investisseurs ghanéens reçus par le chef de l’état, confirme la volonté des autorités de moderniser radicalement la filière.
L’interdiction des bacs à ordures par le président Oligui Nguema force Libreville à rompre avec l’anarchie urbaine. Si la méthode coercitive de la mairie suscite des inquiétudes légitimes quant à la logistique du quotidien, elle offre une opportunité historique: faire de chaque citoyen un acteur engagé de son environnement. La propreté du Grand Libreville ne dépend plus d’un bac public abandonné sur le trottoir, mais d’une discipline collective.
Adeline Babongui




