Politique

Communication: le choix du «cash» ou la stratégie de rupture!

L’introduction d’un activiste au style « Cash » au cœur du cercle présidentiel gabonais pour filmer et bousculer les hauts dignitaires et les entrepreneurs marque une rupture de paradigme dans la communication politique du pays. Ce choix stratégique, axé sur une communication de proximité sans filtre, dynamite les codes de la communication institutionnelle traditionnelle et suscite de vives résistances internes.

Historiquement, la communication autour de la présidence gabonaise a toujours été caractérisée par un protocole rigide, des communiqués lissés et un contrôle strict de l’image. En introduisant un activiste adepte du micro-trottoir incisif et de la confrontation directe, le pouvoir semble  poursuivre deux objectifs: humaniser le sommet de l’État en montrant en direct des personnalités politiques et des chefs d’entreprises pris au dépourvu, forcés de répondre de manière spontanée. Ce qui permet de briser la distance glaciale entre les gouvernants et les citoyens. Ce format s’adresse directement en majorité à la jeunesse et aux utilisateurs des réseaux sociaux (TikTok, Facebook), lassés de la rhétorique officielle et demandeurs de transparence.

La révolte des «gardiens du temple»: jalousie et corporatisme

Mais cette incursion passe très mal auprès de deux cercles habitués à verrouiller l’information. Notamment quelques courtisans, hauts fonctionnaires et certains chefs d’entreprises. Pour ces personnalités, le cercle présidentiel est un sanctuaire. Être soumis aux questions directes, parfois impertinentes, d’un activiste perçu comme un « électron libre » est vécu comme un affront et un risque politique majeur.

Et au  niveau des communicants traditionnels et médias d’État la jalousie de corporation peut s’installer.  En effet, les professionnels de la communication officielle peuvent voir leurs budgets, leurs méthodes et leur accès privilégié court-circuités par une seule personne armée seulement d’un smartphone.

Les méthodes de la « guerre » interne

Pour neutraliser cet activiste encombrant, les réseaux conservateurs déploient une panoplie de contre-attaques à travers des tentatives de dépeindre l’activiste comme un « imposteur », un «maître-chanteur» ou un opportuniste sans «éthique journalistique». Avec pour conséquence : des pressions exercées sur le cabinet présidentiel pour restreindre ses accès aux événements officiels, sous prétexte de sécurité ou de respect du protocole.

Ce conflit illustre le choc entre le Gabon de l’ancien monde, habitué aux secrets tous azimuts et à l’information étouffée, et un nouveau logiciel politique qui tente d’instrumentaliser les codes de la culture web pour survivre.

La complémentarité comme gage de stabilité

En matière de communication publique, la prolifération des canaux digitaux et l’immédiateté de l’information ont profondément bouleversé les règles du jeu. Autour des gouvernants, deux mondes cohabitent désormais : celui des communicants traditionnels, garants de la parole étatique, et celui des activistes et influenceurs, fers de lance de la bataille d’opinion numérique. L’enjeu majeur de la gouvernance moderne réside dans la capacité à orchestrer ces forces. Pour éviter les cacophonies et maximiser l’impact, il est devenu indispensable que chaque acteur développe son propre couloir de travail, sans jamais piétiner les plates-bandes de l’autre.

Pour que cette mécanique fonctionne sans friction, la direction de la communication de la présidence doit agir comme un chef d’orchestre, en fixant des règles de cloisonnement strictes : les communicants traditionnels détiennent la primeur de l’information officielle. Les activistes interviennent dans un second temps pour amplifier, décoder et défendre cette information. L’inverse -voir un activiste annoncer un décret ou une nomination avant les canaux officiels- crée un désordre institutionnel grave.

Le communicant officiel est soumis au droit de réserve et à la rigueur administrative. L’activiste navigue dans le combat d’idées. Chacun doit accepter la nature de l’autre : l’institutionnel ne doit pas juger l’activiste « trop virulent », et l’activiste ne doit pas accuser l’institutionnel de « lenteur ».

Il ne s’agit pas de fusionner les équipes, mais de créer des passerelles (via des coordinateurs de la cellule digitale) pour briefier les relais d’opinion sur les grandes orientations stratégiques, évitant ainsi les hors-pistes idéologiques.

Une communication présidentielle moderne et performante ne choisit pas entre la tradition et l’activisme ; elle conjugue les deux. En sanctuarisant les couloirs de travail, le pouvoir politique se dote d’un bouclier institutionnel respecté et d’une épée numérique redoutable. C’est à cette seule condition – où chacun connaît sa place et respecte celle de l’autre – que la communication autour des gouvernants devient un levier d’harmonie, de clarté et d’efficacité démocratique.

Melchior Ndabeyene

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page