Economie

Recensement 2026 : au-delà des chiffres, le défi de l’intégration et de l’aménagement au Gabon

Les chiffres officiels du recensement général de la population et des logements (RGPL 2026), dévoilés par la ministre de la Planification le 2 septembre 2026, ont provoqué une onde de choc démographique: le Gabon compte officiellement 3 518 621 habitants, dont 1 200 256 ressortissants étrangers, soit précisément 34,1 % de la population globale. Une telle proportion place le Gabon au rang des nations ayant le plus fort taux de résidents immigrés en Afrique subsaharienne. 

La publication de ces résultats alimente de vives crispations au sein de l’opinion publique et peut nourrir parfois des élans de repli identitaire. Les risques concrets mis en avant par les observateurs nationaux sont de plusieurs ordres: la pression extrême sur les services publics et les infrastructures. Il faut le dire, les capacités de l’État en matière de santé, d’éducation, de transports et de logement étaient certainement jusqu’ici planifiées pour une population estimée à 2,6 millions d’individus. La révélation d’un surplus de près d’un million d’habitants (essentiellement concentrés dans la province de l’Estuaire) met en exergue le risque d’une saturation des structures de base, déjà sous forte tension.

De plus, une grande partie de l’immigration active au Gabon opère dans le secteur informel (commerce, artisanat, services). Dans un contexte où le chômage des jeunes diplômés gabonais reste préoccupant, cette prédominance économique étrangère sur les petits métiers crée un sentiment de dépossession économique locale.

Du coup, le décalage entre le nombre de nationaux (2,3 millions) et d’étrangers (1,2 million) exacerbe les discours populistes. Le danger réside ici dans la manipulation politique de ces données, pouvant mener à des violences communautaires ou à une stigmatisation des populations immigrées (historiquement venues d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, notamment du Mali, du Cameroun ou du Bénin).

Restreindre la lecture de ce recensement à une «menace» occulterait les bénéfices mécaniques de l’immigration pour le modèle gabonais: si plus d’un tiers de la population est étrangère, c’est parce que le Gabon demeure un polder d’opportunités et une terre de forte attractivité régionale. La main-d’œuvre immigrée comble pour le moement des déficits de compétences ou de main-d’œuvre dans des secteurs clés délaissés par les locaux (secteur primaire, commerce de détail, chantiers de BTP).  Ces 1,2 million d’étrangers vivent, consomment, logent et paient des taxes au Gabon. Ils constituent un segment dynamique du marché intérieur qui soutient l’activité économique nationale.

En somme, le nouveau recensement 2026 ne doit pas être brandi comme un épouvantail sécuritaire, mais plutôt comme un outil d’aide à la décision. Il impose aux autorités du pays de repenser d’urgence l’aménagement du territoire, l’accès aux services publics et la régulation du marché du travail pour transformer ce défi démographique en levier de croissance inclusif.

Blaise Mangady

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