Bassek ba Kobhio: de la plume à la caméra !

L’homme de culture est décédé ce 12 mai à Yaoundé au cameroun, en laissant derrière lui une œuvre culturelle immense.
Né le 1er janvier 1957 à Nindjé, Bassek ba Kobhio commence son voyage intellectuel par des études de sociologie et de philosophie avant de se tourner vers la littérature. Auteur de plusieurs ouvrages, dont le roman Sango Malo (1981) et le recueil Les Eaux qui débordent, il finit par embrasser le cinéma pour toucher un public plus vaste.
Il fait ses premières armes comme assistant, notamment sur le film Chocolat de Claire Denis en 1987, avant de s’imposer comme l’un des réalisateurs les plus influents de sa génération.
Une œuvre cinématographique engagée
Sa filmographie se distingue par son regard critique sur l’histoire, la politique et les structures sociales africaines. Son premier long-métrage (Sango Malo) sorti en 1991, adapté à son propre roman, a été un succès. Le film raconte l’histoire d’un enseignant idéaliste qui bouleverse les traditions d’un village. Il reçoit le Prix du public au Festival du cinéma africain de Milan en 1992.
Une œuvre audacieuse : ‘’Le Grand Blanc de Lambarené’’ en 1995, démythifie la figure du docteur Albert Schweitzer, questionnant les rapports de force coloniaux et l’héritage médical en Afrique. ‘’Le Silence de la forêt’’ (2003), est un film qui explore la rencontre complexe entre un intellectuel africain et les populations pygmées de Centrafrique, soulignant les enjeux d’identité et de modernité. Son dernier long-métrage ‘’Le Gouverneur de la Rose (2018), réaffirme son attachement aux thématiques sociales.
Un bâtisseur d’institutions
Au-delà de ses propres films, Bassek ba Kobhio était un visionnaire qui a œuvré pour l’autonomie du cinéma africain : ‘’Écrans Noirs’’, fondé en 1997, ce festival est devenu le rendez-vous incontournable du cinéma à Yaoundé, offrant une plateforme de diffusion et de formation aux talents du continent.
À travers sa société Terre Africaine et l’école ISCAC, il a structuré l’industrie en Afrique centrale, formant des générations de cinéastes et de techniciens.
En disparaissant, celui que l’on surnommait le « bâtisseur culturel » laisse un vide immense, mais ses racines continueront de nourrir les récits africains de demain.
Adeline Babongui



