Société

Les déguerpies de Plaine-Orety : un an plus tard, certaines familles toujours abandonnées

En 2025, le quartier de Plaine-Orety, dans le deuxième arrondissement de Libreville, a été le théâtre d’une vaste opération de déguerpissement menée par les autorités gabonaises. Les bulldozers ont rasé des centaines d’habitations afin de libérer l’espace pour des projets d’aménagement urbain, notamment la construction du Boulevard de la Transition et d’une future cité administrative.

Si l’État justifie cette opération par la modernisation de la capitale, la réalité sociale reste dramatique pour plusieurs familles qui, des mois après les démolitions, vivent encore dans la précarité et se sentent abandonnées.

Une opération brutale qui a laissé des familles sans abri

Les opérations de démolition ont été rapides et spectaculaires. En moins d’une semaine, plusieurs quartiers populaires, dont Plaine-Orety et les zones proches de l’Assemblée nationale, ont été entièrement détruits par les engins du génie militaire.

Des centaines de familles ont perdu leur logement du jour au lendemain. Certaines affirment n’avoir reçu ni préavis clair ni solution immédiate de relogement. Beaucoup ont passé plusieurs nuits à dormir à la belle étoile, sur des matelas posés à même les gravats.

Cette situation a provoqué une forte indignation dans l’opinion publique, certains acteurs politiques qualifiant l’opération de « brutale et inhumaine » en raison de ses conséquences sociales.

Malgré les annonces de relogement pour certaines familles, plusieurs sinistrés affirment être restés à l’abandon.

« Le jour où les bulldozers sont arrivés, nous avons juste eu le temps de sortir nos affaires. Aujourd’hui, nous vivons sous une bâche derrière l’Assemblée. On nous avait promis des solutions, mais nous attendons toujours», a exprimé une mère de famille.

« Nous comprenons que l’État veuille développer la ville, mais on a l’impression que nos vies ne comptent pas», poursuit-elle.

« Ma boutique et ma maison ont été rasées le même jour. Depuis, je vis chez une cousine avec mes enfants. Je ne travaille plus», a indiqué Marie-Louise N, ancienne commerçante sur le site.

Dans certaines zones proches du site détruit, des familles vivent encore dans des abris de fortune construits avec des matériaux récupérés dans les décombres, attendant une aide qui tarde à venir.

Des relogements… mais pas pour tous

Le gouvernement avait annoncé plusieurs mesures pour répondre à la crise. En septembre 2025, environ 260 familles déguerpies ont été relogées dans la cité de Bikélé-Nzong, dans la commune de Ntoum.

Cependant, cette première phase ne concerne qu’une partie des sinistrés. D’autres familles affirment ne pas figurer sur les listes de bénéficiaires ou attendre encore leur prise en charge.

Ce décalage entre les annonces officielles et la situation sur le terrain entretient un climat de frustration et de méfiance.

Plusieurs facteurs expliquent la crise des déguerpis de Plaine-Orety. Une urbanisation non planifiée. Pendant des années, des habitations ont été construites dans des zones sans régularisation foncière. Le manque de transparence sur les indemnisations, les autorités affirment que certaines compensations avaient déjà été versées dans le passé, mais aucune liste officielle n’a été rendue publique, ce qui alimente les contestations. L’absence du plan social avant les démolitions,
beaucoup de familles affirment ne pas avoir été accompagnées avant la destruction de leurs maisons. Et la crise du logement à Libreville fait que trouver un logement dans la capitale reste difficile et coûteux pour les ménages modestes.

Pour éviter que ce drame social ne s’installe durablement, plusieurs mesures pourraient être envisagées: un recensement transparent des victimes, l’État doit publier une liste claire et vérifiable des familles déguerpies, afin d’éviter les injustices et les exclusions. L’accélération du relogement, le programme de logements sociaux doit être élargi afin de reloger toutes les familles concernées dans des conditions dignes.

Une indemnisation équitable doit être faite pour les familles ayant perdu leurs biens. Un accompagnement social pour les sinistrés qui ont besoin d’un soutien temporaire (aides au logement, assistance alimentaire et soutien scolaire pour les enfants).

De ce fait, pour éviter de nouvelles crises, l’État doit régulariser les occupations anciennes et mieux planifier l’urbanisation de Libreville.

Le dossier des déguerpis de Plaine-Orety reste aujourd’hui un symbole des défis sociaux liés à l’urbanisation rapide de Libreville. Entre modernisation de la capitale et protection des populations vulnérables, l’équilibre reste fragile.

Pour beaucoup de familles, la question est simple,
le développement du pays doit-il se faire au prix de la dignité des citoyens ?

La réponse dépendra de la capacité des autorités à apporter des solutions concrètes à ceux qui vivent encore dans l’ombre des gravats.

Fidaly Eyeng Obame

 

 

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