Société

Interdiction des sachets plastiques au Gabon : une loi affichée, un État absent, des sachets toujours présents

Annoncée avec emphase comme une avancée majeure pour la protection de l’environnement, l’interdiction des sachets plastiques à usage unique au Gabon ressemble aujourd’hui davantage à un slogan politique qu’à une réforme réellement appliquée. Sur le terrain, la loi existe, mais l’autorité de l’État brille par son absence, laissant commerçants et consommateurs livrés à eux-mêmes.

L’interdiction des sachets plastiques à usage unique depuis le 23 septembre 2025, à la suite de l’ordonnance présidentielle n°0012/PR/2024, ratifiée par la loi n°009/2024 du 5 août 2024 s’inscrit dans une stratégie nationale de lutte contre la pollution plastique, qui vise notamment à protéger la santé publique, les écosystèmes terrestres et marins, et à réduire l’empreinte environnementale des déchets plastiques dans le pays.

Dans les marchés, les boutiques de quartier et même certains commerces formels, les sachets plastiques continuent d’être distribués au vu et au su de tous. Aucun contrôle visible, aucune sanction connue, aucune pression réelle.

« On a interdit, puis plus rien. C’est comme si la loi s’était arrêtée au communiqué », exprime un vendeur. Cette situation pose une question simple : à quoi sert une loi que personne ne fait respecter ? Une interdiction sans mécanisme de suivi sérieux devient une farce administrative, où seuls les plus respectueux des règles se retrouvent pénalisés.

Les commerçants pointés du doigt, mais laissés sans solutions. Si les commerçants sont officiellement désignés comme responsables, la réalité est plus complexe. Beaucoup affirment n’avoir reçu ni accompagnement, ni alternatives concrètes, encore moins de subventions pour se conformer à la loi. « On nous demande d’arrêter le plastique, mais avec quoi on emballe les marchandises ? Les sacs écologiques coûtent cher et ne sont pas disponibles partout », déplore une commerçante du marché Mont-Bouët.

Résultat : le plastique continue de circuler, par nécessité économique plus que par défiance écologique.

Après quelques annonces initiales, la sensibilisation a pratiquement disparu. Aucune campagne continue, peu d’affiches, pas d’éducation environnementale structurée dans les marchés ou les quartiers populaires. « Beaucoup de gens ignorent même que les sachets sont interdits », reconnaît un commerçant. Comment exiger le respect d’une loi que les citoyens ne comprennent pas ou ne connaissent plus ? L’État gabonais affiche une volonté environnementale sur la scène internationale, tout en tolérant le non-respect flagrant de ses propres textes à l’intérieur du pays. Cette contradiction fragilise la crédibilité des politiques publiques et nourrit un sentiment d’impunité. « Tant que personne n’est sanctionné, chacun fait ce qu’il veut », résume un consommateur. Pire encore, cette tolérance tacite contribue à banaliser l’illégalité, transformant une loi écologique en simple décor réglementaire.

Une responsabilité collective, mais une obligation d’exemplarité de l’État

Certes, commerçants et consommateurs ont leur part de responsabilité. Mais l’exemplarité doit venir d’en haut. Sans fermeté, sans moyens, sans accompagnement, la transition écologique restera un discours vide.

L’interdiction des sachets plastiques ne peut réussir que si elle cesse d’être une annonce politique sans lendemain et devient une politique publique cohérente, suivie et assumée. À défaut, les sachets plastiques continueront de joncher les rues, rappelant chaque jour l’écart criant entre les lois votées et la réalité vécue par les Gabonais.

L’interdiction des sachets plastiques au Gabon est une avancée importante sur le plan environnemental. Toutefois, sans contrôles réguliers, sans alternatives accessibles et sans sensibilisation permanente, cette mesure risque de rester une simple déclaration d’intention.

Pour réussir, l’État devra renforcer les inspections, soutenir les commerçants dans la transition vers des emballages écologiques et impliquer davantage les citoyens. Car protéger l’environnement est une responsabilité collective, qui ne peut reposer uniquement sur des textes de loi, aussi ambitieux soient-ils.

 

Fidaly Eyeng Obame

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