RGPL: les chiffres chocs du recensement 2026

La Cour constitutionnelle a officiellement homologué ce jeudi 27 août 2026 les résultats définitifs du Recensement général de la population et des logements (RGPL), fixant la nouvelle population du Gabon à 3 518 621 habitants. Cette validation marque la fin d’un long processus d’analyse et d’ajustements administratifs mené à Libreville.
L’enseignement majeur de ce recensement réside dans l’accentuation des déséquilibres territoriaux. La province de l’Estuaire absorbe à elle seule plus de 62 % de la population nationale, regroupant 2 184 908 habitants. Libreville et sa périphérie s’affirment plus que jamais comme le poumon démographique et économique du pays.
À l’échelle des provinces, les disparités sont saisissantes : les pôles majeurs, l’Estuaire mène largement, suivi de loin par le Haut-Ogooué (297 100 habitants) et l’Ogooué-Maritime (292 652 habitants). Le bloc intermédiaire : le Woleu-Ntem tire son épingle du jeu avec 242 029 résidents, suivi de la Ngounié (159 404) et du Moyen-Ogooué (105 703).
Les déserts démographiques: l’Ogooué-Ivindo (93 482), l’Ogooué-Lolo (75 128) et la Nyanga (68 215) ferment la marche, illustrant un arrière-pays qui se dépeuple au profit du littoral et des zones minières.
Des dynamiques sociales inédites : plus d’hommes que de femmes
Le RGPL 2026 vient bousculer plusieurs idées reçues sur la structure de la population gabonaise. Pour la première fois de manière aussi documentée, le décompte officiel révèle que le Gabon compte plus d’hommes que de femmes. En effet, chez les hommes, on y compte désormais 1 800 129 individus contre 1 718 492 individus chez les femmes.
Cette spécificité s’explique notamment par la nature des flux migratoires et des bassins d’emplois (mines, pétrole, chantiers d’infrastructures), historiquement plus attractifs pour une main-d’œuvre masculine. Par ailleurs, la numérisation complète du recensement à l’aide d’outils de géolocalisation a permis d’atteindre un taux de couverture nationale exceptionnelle de 97 %, garantissant la haute fiabilité de ces données.
Les grands défis de l’action publique
Le passage à 3,5 millions d’habitants n’est pas qu’une simple mise à jour statistique, c’est un séisme pour la planification étatique. Le gouvernement dispose désormais d’une véritable boussole pour l’action publique afin de répondre aux enjeux urgents. Face à l’explosion démographique de l’Estuaire, la modernisation des réseaux routiers, l’accès à l’eau potable et à l’électricité deviennent des priorités absolues pour éviter la saturation de la capitale.
Les budgets de la santé, de l’éducation (construction d’écoles, universités) et du logement doivent être calibrés sur ces 3,5 millions de résidents pour être efficaces. Ces nouvelles données servent déjà de base pour le recensement des Gabonais Économiquement Faibles (GEF) visant à restructurer les aides de la CNAMGS. Sur le plan politique, ces chiffres imposeront inévitablement un redécoupage des circonscriptions électorales pour coller au poids réel de chaque région.
En doublant presque son volume de population en un peu plus d’une décennie, le Gabon entre dans une nouvelle ère. Le défi n’est plus seulement de gérer l’abondance des ressources par habitant, mais de construire une économie diversifiée et inclusive capable d’absorber, de former et d’employer cette population résolument jeune et urbanisée.
Adeline Babongui




