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Uranium du Niger: les contre-vérités de Niamey !

La rhétorique nationaliste du général Abdourahamane Tiani fait de la souveraineté sur l’uranium nigérien son principal cheval de bataille économique, mais elle repose sur d’importantes contre-vérités chiffrées et géopolitiques. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, la junte nigérienne multiplie les déclarations fracassantes pour justifier la rupture avec les partenaires occidentaux. Cependant, un examen rigoureux des données réelles du marché mondial de l’énergie et de l’historique industriel révèle d’importants décalages entre le discours officiel et la réalité.

Dans ses interventions publiques (notamment à Agadez), le général Tiani a affirmé que pendant des décennies, la France achetait 1 000 tonnes d’uranium au Niger pour la somme dérisoire de 555 millions de FCFA, ne laissant que des miettes au pays pendant que cette ressource «éclairait Paris».

La réalité économique est que ce chiffre est mathématiquement et historiquement faux. 555 millions de FCFA pour 1 000 tonnes équivaudraient à un prix d’achat d’environ 555 FCFA (moins de 1 euro) le kilogramme d’uranium. Or, les archives des contrats miniers (y compris celles critiquées à l’époque par les ONG) montrent que même en 2007, le kilogramme d’uranium nigérien était négocié à un prix plancher d’environ 40 000 FCFA. Les données compilées sur le long terme démontrent que les prix contractuels accordés au Niger par le groupe français Orano (ex-Areva) ont souvent été de 31 178 FCFA/kg, s’alignant sur les cours mondiaux du marché à long terme ou les dépassant lors des cycles de baisse.

Le mythe des prix artificiellement multipliés par le putsch

Les canaux de propagande pro-junte ont largement diffusé l’idée que l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) avait fait exploser le prix de l’uranium nigérien, le faisant passer de 11 à plus de 200 euros le kilogramme. Or, la réalité du marché est que le Niger ne fixe pas unilatéralement le prix de l’uranium. Les cours sont déterminés sur le marché mondial (marché spot et contrats à long terme). La hausse globale des cours constatée entre 2023 et 2026 est le résultat d’un renouveau mondial de l’énergie nucléaire (notamment en Europe et en Asie) et de tensions sur l’offre globale, et non une conséquence directe des décisions de Niamey.

 La fake news de la cargaison géante de «156 000 tonnes» saisie

 Début 2026, à la suite de la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR), le général Tiani a affirmé vouloir restituer à Orano sa part d’une cargaison d’uranium extraite avant la rupture. De nombreux relais médiatiques officiels et régionaux ont alors annoncé le chiffre astronomique de 156 000 tonnes d’uranium retenues par le Niger

Techniquement, il s’agit d’une grossière erreur de lecture due à une confusion de ponctuation entre les notations francophones et anglophones. Le stock réel mentionné par le président était de 156,231 tonnes (avec une virgule décimale). À titre de comparaison, 156 000 tonnes représenteraient près de trois ans de la production mondiale globale. Or, la SOMAÏR n’a produit qu’environ 81 861 tonnes d’uranium sur l’ensemble de son histoire depuis 1971.

 L’illusion de la coupure énergétique de la France

La rhétorique de la junte présente le retrait des permis d’Orano (comme sur le site géant d’Imouraren ou à la SOMAÏR) comme un coup fatal porté à l’approvisionnement électrique de la France.

Sur la réalité géopolitique, si le Niger est un producteur historique important pour l’Europe, la France a grandement diversifié ses sources d’approvisionnement depuis plus de vingt ans. Les centrales nucléaires françaises dépendent aujourd’hui majoritairement de pays comme le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Canada et l’Australie. L’arrêt des livraisons nigériennes pénalise principalement l’économie locale du Niger -où l’uranium représentait une part cruciale des recettes d’exportation- plutôt qu’il ne plonge Paris dans le noir.

De la rupture souveraine à l’impasse commerciale

Niamey affirme qu’un «uranium 100% nigérien» trouvera immédiatement preneur au prix fort sur le marché international via de nouveaux partenariats (notamment avec la Russie ou de nouveaux acheteurs).

La réalité du terrain est que la nationalisation forcée a plongé le secteur dans une profonde impasse commerciale et logistique. Sans l’infrastructure et les réseaux de distribution d’Orano, Niamey peine à écouler son Yellowcake. En août 2026, des négociations de gré à gré (notamment avec la société roumaine Nuclearelectrica) ont mis en lumière l’obligation pour le Niger de brader sa production avec des décotes pouvant atteindre 30 % en dessous du prix du marché mondial pour espérer trouver preneur.

Si la volonté de rééquilibrer les contrats miniers est une aspiration légitime pour le peuple nigérien, la stratégie de communication du général Tiani s’appuie largement sur des données manipulées. Cette falsification des chiffres sert avant tout d’outil politique interne pour galvaniser la fibre patriotique et masquer les difficultés économiques et sécuritaires croissantes auxquelles le pays fait face.

Melchior Ndabeyene

 

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