Politique

Cameroun : l’absence prolongée du Paul Biya alimente la tourmente politique

L’absence prolongée du président Paul Biya, parti du Cameroun le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe » avec son épouse Chantal Biya, suscite de vives inquiétudes et alimente toutes les rumeurs après 56 jours de silence.

Cinquante-six jours. C’est le temps record qui s’est écoulé depuis que le président camerounais Paul Biya, âgé de 93 ans, a quitté le sol national. Parti le 7 juin dernier pour ce que le Cabinet civil présentait comme un « court séjour privé en Europe », le doyen des chefs d’État en exercice n’est plus réapparu publiquement, plongeant le pays dans un climat d’incertitude inédit. Face au flot de rumeurs sur sa santé et aux pressions de l’opposition, le gouvernement a dû briser un mutisme pesant pour rassurer l’opinion.

Afin de couper court aux vagues de spéculations et aux appels de l’opposition réclamant la constatation d’une vacance du pouvoir, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, est intervenu publiquement le 2 août 2026 pour affirmer que le chef de l’État est « en vie », qu’il n’a pas démissionné et que son retour est imminent.

Un record d’absence qui cristallise les tensions

Habitué des longs séjours intercontinentaux, notamment à Genève en Suisse, Paul Biya signe pourtant ici sa plus longue période d’absence physique depuis son accession à la magistrature suprême en 1982. À Yaoundé, ce vide visuel passe de moins en moins inaperçu. Bien que la Présidence continue de publier régulièrement des actes officiels et des décrets datés de « Yaoundé », la multiplication des signatures dématérialisées sème le doute sur les réseaux sociaux quant à l’authenticité de la gestion directe des affaires courantes.

Pour l’opposition camerounaise, le pays fonctionne désormais en « pilotage automatique ». Plusieurs leaders politiques, à l’instar de Joshua Osih du Social Democratic Front (SDF) ou des représentants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), dénoncent un manque de transparence flagrant et exigent que le peuple soit informé de l’état de santé réel de son dirigeant.

La contre-offensive du gouvernement : « Le Président est en vie »

Face à l’ampleur du débat constitutionnel qui commençait à gagner les chancelleries, le pouvoir central est sorti de sa réserve. Ce dimanche 2 août 2026, au micro de RFI, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a vigoureusement rejeté l’idée d’un sommet de l’État en léthargie.

« Le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé pour déclarer une vacance du pouvoir. Le président Paul Biya est en vie. Le président Paul Biya n’a pas démissionné », a martelé le ministre.

Quelques jours plus tôt, Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du parti au pouvoir (le RDPC), déclarait lui aussi que le chef de l’État demeurait pleinement actif et continuait de mener la barque nationale à distance. Si les autorités réfutent catégoriquement les affirmations de certains médias internationaux évoquant une hospitalisation secrète dans une clinique genevoise, aucune date précise quant au retour du président n’a cependant été communiquée.

L’ombre de la transition et le flou institutionnel

Cette absence prolongée intervient dans un calendrier politique particulièrement sensible. En mai 2026, une révision constitutionnelle d’envergure avait officiellement rétabli la fonction de vice-président de la République, censé seconder le chef de l’État. Or, trois mois plus tard, le poste reste désespérément vacant, sa nomination dépendant du seul pouvoir discrétionnaire de Paul Biya.

Pour des figures politiques comme Cabral Libii, l’enjeu dépasse la simple personne du président. L’accent doit être mis sur les failles d’un cadre juridique ultra-centralisé où la vie économique et administrative se retrouve ralentie dès lors que le chef de l’État s’éloigne. Les regards se tournent désormais vers les élections législatives et municipales prévues pour le début de l’année 2027, perçues comme le véritable terrain où se redéfiniront les équilibres institutionnels du Cameroun.

En attendant son retour annoncé comme « prochain », le Cameroun retient son souffle, oscillant entre les assurances d’un gouvernement protecteur du secret d’État et les exigences d’un peuple en quête de visibilité.

Melchior Ndabeyene

 

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