Mégaprojet Kobé-Kobé : le Gabon lance le chantier du siècle pour sa souveraineté économique

Le pays franchit une étape historique dans sa marche vers l’indépendance économique. Moins d’un an après sa déclaration d’utilité publique en décembre 2025, le projet de complexe portuaire en eau profonde de Kobé-Kobé entre dans sa phase active.
Validé par la signature d’une convention majeure le 23 avril 2026 à Libreville entre l’État (ministères des Transports et de l’Économie) et le consortium mené par l’opérateur Africa Global Logistics (AGL) – acteur français présent de longue date dans le pays – associé à la banque d’affaires Algeste, ce chantier redéfinit l’avenir industriel de la sous-région. Les études et les premiers travaux sont d’ores et déjà engagés pour une mise en service ambitieuse ciblée à l’horizon 2030.
L’erreur serait de réduire Kobé-Kobé à de simples infrastructures maritimes. Il s’agit d’un projet industriel totalement intégré de la mine au navire, dont l’intégralité du tracé s’exécute sur le sol gabonais à travers quatre piliers stratégiques : la mine, l’exploitation du gisement de fer de Belinga (Ogooué-Ivindo), l’un des plus grands gisements non développés au monde avec près d’un milliard de tonnes de minerai à haute teneur, dont les premières expéditions ont déjà débuté.
Le rail, à travers la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire reliant directement Belinga au littoral, dimensionnée pour transporter d’immenses volumes allant jusqu’à 100 millions de tonnes par an. Un port situé sur la façade atlantique dans la province de l’Estuaire (département du Komo-Océan), à proximité de Libreville, Kobé-Kobé sera le point de sortie maritime et de transformation. Enfin sur le plan de l’énergie, le futur barrage hydroélectrique de Booué (400 à 600 MW), dont les études de faisabilité ont été lancées le 1er juin 2026, servira de colonne vertébrale énergétique pour alimenter le complexe tout en renforçant le réseau électrique national.
Un géant maritime complémentaire d’Owendo
Sur le plan technique, Kobé-Kobé bénéficie d’un atout décisif : un tirant d’eau visé de 14 à 16 mètres. À titre de comparaison, là où des ports voisins comme Douala (Cameoun) restent limités à 7 ou 8 mètres, la nouvelle infrastructure gabonaise joue dans une autre catégorie. « Kobé-Kobé, c’est un port que la nature a dessiné et que le Gabon achève », résume-t-on les pieds sur le terrain.
Cette profondeur abyssale permettra d’accueillir des navires de très grand tonnage et hors gabarit que la configuration naturelle d’Owendo ne peut recevoir. Pour autant, Owendo n’est pas remplacé. Ce dernier demeure le cœur de l’activité conteneurisée nationale – dont la capacité a d’ailleurs doublé depuis 2024 – tandis que Kobé-Kobé absorbera les grands flux miniers.
Sortir de la rente et capter la richesse au plan national
Le positionnement stratégique du projet rompt définitivement avec les anciens modèles économiques d’exportation brute. Environ 35 % du minerai de fer sera transformé localement avant toute expédition. « Ici, la matière première ne part plus brute : elle se transformera, elle emploie, elle enrichit le pays », rassure-t-on.
Cette dynamique industrielle représente un levier social sans précédent. Pas moins de 160 000 emplois directs et indirects sont attendus à l’horizon 2030, mettant l’employabilité et l’avenir des jeunes Gabonais au centre du dispositif.
Une diplomatie économique multipolaire et souveraine
À travers Kobé-Kobé, le Gabon fait le choix doctrinal de la diversification de ses partenaires mondiaux, refusant toute forme de dépendance exclusive ou de monopole. Chaque grande puissance industrielle trouve sa place dans ce projet où la rivalité est écartée au profit de l’addition des compétences. L’approche est celle du partenariat gagnant-gagnant : si chaque investisseur engagé repart avec une part du projet, l’État gabonais conserve la maîtrise d’ouvrage et le contrôle du tempo. « Le Gabon ne brade rien : il distribue intelligemment ». Les partenaires actuels sont mobilisés par phases successives et l’État jugera sur le strict respect des délais de livraison.
Cette attractivité repose avant tout sur la stabilité des institutions de la République. « Plusieurs continents autour d’une même table, un seul maître d’ouvrage : le Gabon. La paix n’est pas un slogan, c’est notre premier avantage compétitif ». En démontrant sa capacité à concrétiser une telle infrastructure, le Gabon envoie un signal fort de maturité et de sécurité à l’ensemble des investisseurs internationaux.
Adeline Babongui




