Gabon-France : du « comptoir colonial » au partenariat de performance

À Nairobi, Libreville a réaffirmé sa souveraineté. L’époque des relations d’influence exclusive cède la place à un dialogue direct et décomplexé. Les deux chefs d’État ont acté cette normalisation politique en planifiant une visite d’État officielle d’Oligui Nguema à Paris, prévue pour juillet prochain.
Le cœur de l’entretien de Nairobi a porté sur la restructuration profonde des échanges économiques. Le Gabon refuse désormais le statut de simple exportateur de matières brutes. Les entreprises françaises, dont les activités pèsent pour près de 20 % du PIB gabonais (environ 3,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires), font face à de nouvelles exigences. Libreville exige la transformation locale des ressources (bois, manganèse, hydrocarbures) afin de générer des emplois durables sur le territoire. Selon les analyses de Sika Finance, le président gabonais veut rompre avec les protocoles d’accord sans lendemain en imposant une obligation d’exécution rapide des investissements.
Les discussions de Nairobi ont permis de passer en revue des chantiers prioritaires et d’accélérer les financements français : modernisation de la ligne du Transgabonais soutenue par un prêt de 173 millions d’euros de l’AFD ; développement des réseaux routiers, d’accès à l’énergie et à l’eau potable. et négociations parallèles pour que l’État gabonais devienne un actionnaire du géant minier Eramet. L’axe franco-gabonais se modernise également sur les questions régionales et de défense, s’éloignant des anciens schémas de la « Françafrique ». Le Camp de Gaulle à Libreville perd son statut de base opérationnelle avancée. Ses effectifs sont réduits de 350 à 150 militaires. L’enceinte est convertie en un pôle de formation régional, incluant une académie dédiée à la lutte contre le braconnage.
Les deux nations maintiennent leur rôle de co-facilitateurs du Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo (PFBC), sanctuarisant la protection de l’environnement comme un pilier de leur diplomatie. Bref, l’entrevue de Nairobi traduit la volonté du Gabon de diversifier ses partenaires mondiaux tout en capitalisant sur une relation rénovée et exigeante avec la France.
Adeline Babongui




