À Yamoussoukro, la Digital Farming School façonne les pionniers de l’agriculture connectée

C’est une petite révolution qui s’apprête à germer en plein cœur de la capitale politique ivoirienne. En novembre 2026, la Digital Farmino School (DFS) accueillera officiellement sa toute première promotion de 50 étudiants. L’ambition est de former la première génération de techniciens spécialisés dans l’Agritech, capables de transformer en profondeur le modèle agricole africain grâce aux outils numériques.
Sur le campus de l’éminent Institut nationale polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB), l’effervescence est palpable. C’est ici, sous la tutelle de ce fleuron académique, qu’a été érigée l’école d’agriculture digitale. Financé et incubé par OCP Africa en partenariat l’Université Mohamed VI polytechnique, ce projet matérialise une vision futuriste pour un secteur traditionnellement associé à la force des bras.
Une formation d’élite, 100 % gratuite
Les critères de sélection pour cette première cohorte, dont la phase de recrutement s’est achevée le 20 septembre 2026, étaient particulièrement rigoureux. Les candidats devaient justifier d’un niveau minimum de Bac+2. En contrepartie, les 50 heureux élus bénéficieront d’un cursus de deux ans entièrement gratuit avec une prise en charge complète des frais d’études.
À la clé ? Un certificat de développeur spécialisé en Agritech. L’enseignement combine trois piliers essentiels qui se croisent rarement dans les filières classiques l’agronomie, pour comprendre la terre et les plantes, l’informatique et le codage pour développer des applications sur-mesure, et l’électronique, indispensable pour manipuler les capteurs connectés et les stations météo intelligentes.
Le «learning by farming»: la terre comme laboratoire
À la DFS, pas question de rester assis des heures devant un tableau noir. L’établissement se distingue par une approche pédagogique immersive de rupture: le «learning by farming» (apprendre par la pratique agricole) et le «peer learning» (l’apprentissage entre pairs).
Pour ce faire, l’école s’appuie sur une gigantesque ferme expérimentale de 170 hectares faisant office de laboratoire à ciel ouvert. Les étudiants y coderont directement des algorithmes pour optimiser l’irrigation, piloteront des drones d’analyse thermique pour détecter les maladies des cultures de cacao ou de manioc, et déploieront des capteurs d’humidité de pointe.
« Il s’agit d’apprendre en concevant des solutions concrètes qui répondent directement aux besoins réels des producteurs ruraux africains », souligne l’équipe d’OCP Africa, une filiale à 100% du Groupe OCP, le géant marocain et leader mondial sur le marché des phosphates et de ses dérives.
Un hub connecté aux startups africaines
Le voyage des étudiants ne s’arrêtera pas aux frontières de Yamoussoukro. Le programme prévoit une immersion totale dans l’écosystème du Farming Innovation Program. Les apprenants seront mis en relation directe avec plus d’une centaine de startups en Agritech à travers le continent. Ce réseau leur offrira un mentorat d’élite et un tremplin unique pour l’insertion professionnelle ou l’entrepreneuriat.
Alors que la Côte d’Ivoire fait de la modernisation agricole une priorité nationale pour faire face au changement climatique, cette première génération de techniciens du numérique portera sur ses épaules la lourde tâche de connecter la tradition agricole aux technologies du futur. Les yeux du monde agricole ouest-africain sont désormais rivés sur Yamoussoukro.
Blaise Mangady




