Economie

Mines : après le bois, le Gabon mise sur le modèle de la valeur ajoutée pour son or

Dans la continuité de sa politique de valorisation des ressources naturelles, le gouvernement gabonais a acté l’interdiction formelle d’exporter de l’or brut. Désormais, l’intégralité du métal jaune extrait du sous-sol national devra obligatoirement être transformée et certifiée au Gabon avant toute expédition vers les marchés internationaux.

Annoncée par le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, cette réforme stratégique calquée sur le succès du modèle forestier vise à maximiser les retombées économiques locales et à réaffirmer la souveraineté financière du pays.

Pendant des décennies, l’or gabonais a quitté le territoire sous sa forme brute, privant l’économie nationale de la valeur ajoutée issue du raffinage. En verrouillant la filière, Libreville entend reproduire la stratégie appliquée au secteur du bois, qui avait banni l’exportation de grumes pour stimuler l’industrie locale.

Pour opérationnaliser cette transition, l’État s’appuie sur la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO), située dans la Zone d’Investissement Spéciale (ZIS) de Nkok. Fruit d’un partenariat entre la Société Équatoriale des Mines (SEM) et le groupe Alpha Centauri Mining, cette usine dispose d’une capacité de traitement de 7 à 10 tonnes d’or par an. Le ministre a précisé qu’aucun lingot ne pourra franchir les frontières sans être passé par le contrôle et la certification de cette infrastructure, qui vient tout juste de reprendre ses activités après quatre mois de suspension.

Assainir la filière et éradiquer les circuits informels

L’or s’est imposé comme le troisième produit d’exportation du Gabon, derrière le pétrole et le manganèse. En 2024, la production officielle de 1 462,6 kg a généré un bond spectaculaire de 183 % des recettes, atteignant 68 milliards de FCFA. Cependant, le premier trimestre 2026 a été marqué par une chute de 75 % des exportations officielles en raison de l’instabilité des cours mondiaux et de la persistance de fuites hors des circuits légaux.

Pour reprendre le contrôle absolu de la chaîne de valeur, Libreville déploie un arsenal réglementaire strict : interdiction du commerce de gré à gré. Ainsi donc, l’achat d’or entre particuliers est désormais strictement interdit au profit de comptoirs officiels dûment agréés. De plus, chaque lingot raffiné à la RGO sera doté d’un QR code unique permettant d’identifier la société productrice, le permis d’exploitation d’origine et le circuit de transport emprunté.

Cette mesure fait suite à la suspension temporaire de l’exploitation artisanale décidée en juin 2026 et s’accompagne d’un recensement national des acteurs.

Vers la reconstitution des réserves stratégiques de l’État

Au-delà de l’enjeu industriel et fiscal, cette réforme revêt une dimension macroéconomique cruciale. L’or certifié aux normes internationales par la RGO permettra au Gabon de reconstituer un stock d’or stratégique auprès de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC). Cette pratique, abandonnée depuis plusieurs années, offrira au pays une meilleure couverture monétaire et renforcera sa crédibilité financière.

Le défi réside désormais dans la capacité de production nationale. Alors que la RGO a le potentiel de traiter une valeur théorique de 930 milliards de FCFA par an, la loi de finances rectificative de juin 2026 ne table que sur une prévision annuelle de 800 kg d’or. L’outil industriel tourne donc en sous-régime. Pour combler cet écart, l’État mise sur la montée en puissance de nouveaux projets d’envergure, à l’instar de la signature récente de conventions d’exploitation pour les mines de Baniaka et de Koumba.

Melchior Ndabeyene

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