Sahel: comment les filons d’or financent le terrorisme

Dans le Sahel, l’orpaillage artisanal hors de contrôle est devenu une source majeure de financement pour les groupes armés terroristes par le biais de taxes et du contrôle logistique. Ce système criminel exporte l’or vers des hubs internationaux pour le blanchir, profitant des failles frontalières et d’une gouvernance défaillante. Vous pouvez lire l’analyse complète sur l’économie grise du Sahel.
Dans la bande sahélo-saharienne, l’or jaune alimente désormais une économie grise aux conséquences rouges de sang. Autrefois activité de subsistance pour les populations rurales, l’orpaillage artisanal hors de contrôle est devenu un pilier majeur du financement des groupes armés terroristes (GAT). En exploitant les failles géopolitiques et la porosité des frontières, ces réseaux criminels ont transformé les mines artisanales en une véritable industrie de contrebande connectée aux places financières mondiales.
Le racket et le contrôle logistique : l’emprise des GAT sur les mines
Les groupes armés terroristes, qu’ils soient affiliés à Al-Qaïda (JNIM) ou à l’État islamique (EIGS), n’exploitent généralement pas l’or directement. Ils agissent en prédateurs d’une économie informelle à travers deux leviers principaux. En effet, les terroristes imposent des taxes de « protection » aux mineurs artisanaux (orpailleurs). Quiconque souhaite creuser, traiter ou vendre de l’or dans les zones sous leur influence doit s’acquitter d’un droit de passage ou d’un pourcentage sur la production.
Les réseaux djihadistes sécurisent et contrôlent les voies d’approvisionnement menant aux sites miniers. Ils s’enrichissent en vendant à prix d’or les intrants essentiels (carburant, mercure, cyanure, explosifs) et le matériel de forage, tout en taxant les commerçants de vivres qui ravitaillent les camps.
Ici, l’or extrait illégalement au Sahel ne reste pas dans la région. Il intègre rapidement des circuits de contrebande transfrontaliers hautement sophistiqués pour être blanchi sur la scène internationale.
Profitant de l’absence physique des États dans les zones tri-frontalières (Mali, Burkina Faso, Niger), l’or est transporté en fraude vers les pays côtiers ou voisins (comme le Togo ou la Libye) pour masquer son origine sahélienne.
Une fois sorti du Sahel, cet or est exporté vers des places tournantes mondiales de la joaillerie et du raffinage, notamment Dubaï (Émirats arabes unis). En se fondant dans les circuits légaux grâce à de fausses déclarations douanières. Ainsi, « l’or du sang » est converti en devises propres, réinjectées ensuite dans l’achat d’armes, de véhicules et d’équipements technologiques pour les groupes terroristes.
Une gouvernance défaillante comme incubateur de la crise
Si ce système criminel est aussi résilient, c’est avant tout parce qu’il comble un vide institutionnel et socio-économique profond. Dans les zones reculées du Sahel, l’État est souvent perçu uniquement sous un angle répressif ou est totalement absent. Les groupes armés se substituent parfois aux autorités en offrant une forme de justice rudimentaire, en réglant les conflits fonciers entre orpailleurs et en sécurisant les sites contre le banditisme de grand chemin.
Face au changement climatique qui détruit l’agriculture traditionnelle et au manque d’opportunités d’emploi, l’orpaillage est la seule bouée de sauvetage économique pour des millions de jeunes Sahéliens. Cette dépendance économique rend les populations locales otages -et parfois complices involontaires- du système de prédation terroriste.
Reprendre le contrôle de la chaîne de valeur
La réponse militaire ne suffira pas à tarir cette source de financement. Pour briser le lien entre orpaillage et terrorisme, les États du Sahel et la communauté internationale doivent impérativement formaliser le secteur minier artisanal en facilitant l’octroi de licences légales et en garantissant des prix d’achat locaux attractifs.
Enfin, une pression accrue doit être exercée sur les hubs de raffinage internationaux pour imposer une traçabilité stricte et interdire l’accès au marché mondial à l’or non certifié provenant des zones de conflit.
Melchior Ndabeyene




