Politique

La doctrine Oligui Nguema : entre solidarité panafricaine et pragmatisme diplomatique

Depuis le coup de libération du 30 août 2023, le Gabon a opéré une mutation profonde de sa politique étrangère. Sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, Libreville trace sa propre voie sur l’échiquier continental et mondial.

Alors qu’une vague de ruptures radicales secoue l’Afrique de l’Ouest, notamment à travers l’Alliance des États du Sahel (AES), le Gabon fait le pari audacieux d’une diplomatie décomplexée. Cette approche refuse l’alignement aveugle comme le souverainisme de l’isolement, privilégiant un dialogue rigoureux d’égal à égal avec tous les partenaires, y compris la France.

Un regard bienveillant mais distancié sur l’AES

Face à la montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel -qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger-, la position de Brice Clotaire Oligui Nguema détonne par son équilibre. Là où d’autres capitales condamnent fermement, le chef de l’État gabonais a choisi d’adopter une posture de compréhension et d’apaisement.

Oligui Nguema prône le refus de la stigmatisation. Lors de ses interventions, notamment à la tribune de l’ONU ou sur les médias internationaux, le président gabonais a exhorté la communauté internationale à « accompagner » et soutenir ces États dans leur lutte contre le terrorisme plutôt que de leur imposer des choix ou de les asphyxier par des sanctions.

En tant que ancien dirigeant d’une transition, Oligui Nguema comprend les dynamiques internes qui poussent ces nations vers la quête d’une souveraineté totale. Cependant, le Gabon ne partage pas la volonté de rupture institutionnelle globale de l’AES (qui a quitté la CEDEAO) et préfère œuvrer au sein des grands ensembles régionaux.

La démarcation diplomatique: la voie du juste milieu

Si le Gabon d’Oligui Nguema s’accorde avec l’AES sur l’impératif de la souveraineté économique et de la valorisation locale des ressources, la méthode diverge radicalement sur le plan géopolitique. Les pays du Sahel ont acté une rupture brutale et totale avec la France, expulsant les forces armées et dénonçant les accords de coopération. Le Gabon, à l’inverse, refuse la politique de la table rase.

Le chef de l’État gabonais démontre que l’affirmation de soi ne nécessite pas la création d’ennemis extérieurs. La rupture gabonaise est subtile : elle n’est pas dirigée contre un ancien partenaire, mais pour les intérêts exclusifs du peuple gabonais. Libreville refuse d’entrer dans une logique de guerre froide des blocs qui obligerait à choisir entre l’Occident et les nouveaux partenaires eurasiatiques.

Discuter d’égal à égal: le choix du pragmatisme avec la France

L’illustration la plus flagrante de cette doctrine est la nature renouvelée des relations entre Paris et Libreville. Loin des complexes du passé ou des postures de la  ‘’Françafrique’’, le président Oligui Nguema a effectué des visites d’État marquantes en France pour redéfinir les termes de la coopération bilatérale.

Entre autres réalités pratiques : signatures d’accords pour le co-investissement et la transformation locale des matières premières, à l’instar du manganèse : chaque accord doit générer des emplois pour la jeunesse gabonaise. Rencontres bilatérales avec Emmanuel Macron avec des dialogues d’égal à égal.

Cette diplomatie d’affaires se traduit par une diversification agressive des partenariats. En discutant sans complexe avec la France, le Gabon d’Oligui Nguema maintient simultanément d’excellentes relations avec d’autres puissances mondiales (États-Unis, Chine) et ses pairs du continent africain.

Le modèle gabonais de la souveraineté décomplexée

La position du président Brice Clotaire Oligui Nguema offre une alternative conceptuelle forte au sein de l’espace francophone africain. Elle prouve qu’un nouveau régime politique peut restaurer sa souveraineté, exiger le respect de son intégrité et nationaliser ses ambitions économiques, sans pour autant s’isoler ou briser ses alliances historiques. En tendant la main aux pays de l’AES tout en consolidant ses liens avec Paris, le Gabon s’impose comme un pont diplomatique indispensable et un modèle de pragmatisme pour l’Afrique centrale.

Blaise Mangady

 

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