Politique

Cameroun : à qui profite la longue absence de Paul Biya ?

L’absence prolongée de Paul Biya, qui a quitté le pays le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe », paralyse les institutions et alimente les spéculations sur sa succession. À 93 ans et après  44 ans de règne, le doyen des chefs d’État établit un nouveau record de séjour à l’étranger. Bien que le gouvernement assure qu’« il est en vie » et écarte toute idée de vacance, cette situation révèle les fractures profondes d’un régime hyper-centralisé.

Les hauts dignitaires de la présidence, notamment le Secrétaire général Ferdinand Ngoh Ngoh, tirent parti de ce vide. Ils exercent le pouvoir par procuration grâce au mécanisme des « hautes instructions » présidentielles.

Les caciques du rassemblement démocratique du peuple camerounais maintiennent le statu quo. Cela leur permet de repousser les grandes réformes et de retarder les échéances électorales locales prévues pour 2027.

De manière tactique, les leaders de l’opposition comme Maurice Kamto du MRC ou Cabral Libii du PCRN utilisent cette absence pour dénoncer les failles de la Constitution. Ils exigent de la transparence auprès de l’opinion publique.

Les réseaux de désinformation ne sont pas en reste, les rumeurs de décès ou d’incapacité absolue pullulent sur internet. Elles profitent aux créateurs de contenus et aux acteurs cherchant à déstabiliser l’appareil sécuritaire camerounais.

Les conséquences majeures de l’absence présidentielle

L’exécutif camerounais souffre d’une centralisation extrême autour de la signature du chef de l’État. Sans arbitrages physiques directs, le pays fonctionne sous un régime de « pilotage automatique ». De nombreux dossiers et la formation du gouvernement promis fin 2025 restent bloqués. Bien que des décrets militaires soient signés à distance depuis Genève, l’authenticité de ces actes suscite le doute au sein de la population.

La révision constitutionnelle de mai 2026 a rétabli le poste de vice-président. Pourtant, Paul Biya n’a nommé personne à cette fonction avant son départ. En parallèle, l’opposition demande au Conseil constitutionnel de déclarer la vacance du pouvoir. Toutefois, les critères d’empêchement restent flous dans les textes juridiques, ce qui bloque toute transition légale.

Cette situation pousse les partenaires financiers et les investisseurs internationaux à geler leurs projets d’envergure. Ils craignent une crise de succession violente. Ce climat d’incertitude ralentit l’économie nationale. Il aggrave également la précarité d’une jeunesse camerounaise déjà touchée par le chômage.

Risques sécuritaires accrus

Le Cameroun fait face à de lourds défis sécuritaires, notamment la crise anglophone (guerre d’Ambazonie) et les incursions armées aux frontières. L’absence du chef des armées peut affaiblir le commandement central et favorise les rivalités internes au sein des forces de défense et de sécurité.

En somme, cette absence prolongée fragilise la cohésion nationale. Elle transforme la gestion de l’État en une simple mise en scène administrative à distance.

Adeline Babongui

 

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