Hydrocarbures : après douze ans d’absence, le géant BP opère un retour stratégique dans l’offshore gabonais

Marquant un double tournant historique, le géant pétrolier britannique British Petroleum (BP) accélère son offensive dans les eaux profondes du Gabon. En s’éloignant de ses gisements historiques de la mer du Nord, la multinationale fait le pari audacieux du bassin sédimentaire gabonais, insufflant une nouvelle dynamique à l’économie nationale.
L’histoire d’amour entre Libreville et les géants pétroliers mondiaux s’écrit à nouveau au présent. Douze ans après avoir quitté le pays, BP concrétise son grand retour au Gabon. Les discussions se sont fortement intensifiées suite à un protocole d’accord signé en octobre 2025 pour l’exploration de blocs en eaux profondes et ultra-profondes.
Fin juillet 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema, a personnellement reçu une délégation de la compagnie menée par son vice-président senior, Ariel Flores. L’objectif de cette audience au sommet: valider une feuille de route actualisée pour structurer les opérations techniques avant les premières campagnes de forage. Ce retour s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement global de séduction puisque le ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, s’active à finaliser d’ici octobre 2026 les Contrats de Partage de Production (CPP) avec BP et l’américain ExxonMobil.
Le deep offshore: la nouvelle frontière énergétique
Si le Gabon attire de nouveau, c’est que son domaine maritime recèle de trésors cachés. Près de 70 % du domaine offshore gabonais demeure encore totalement inexploré. Pour Bryan Ritchie, directeur d’exploitation chez BP, la zone nord du littoral représente « une frontière pétrolière d’avenir, offrant un potentiel géologique remarquable ».
Pour le géant britannique, cette décision s’aligne sur un recentrage géopolitique majeur: l’entreprise liquide une partie de ses actifs vieillissants au Royaume-Uni pour dégager des liquidités et financer ses nouvelles explorations à fort rendement. Face à la maturité de ses gisements terrestres historiques, le Gabon trouve ici le partenaire technologique idéal, capable de déployer les infrastructures de pointe nécessaires pour forer à plusieurs milliers de mètres sous la surface de l’océan.
Un enjeu macroéconomique vital pour le Gabon
Pour Libreville, l’aboutissement des négociations avec BP dépasse la simple stratégie industrielle; c’est un impératif macroéconomique. Le secteur extractif génère encore entre 40 et 50 % des recettes fiscales du pays et un tiers de son PIB. Alors que les prévisions budgétaires anticipaient initialement une baisse de 22 % de la contribution du brut pour 2026, l’arrivée de nouveaux investissements massifs pourrait inverser la tendance.
Au-delà des taxes injectées dans les caisses de l’État, le gouvernement gabonais table sur ce partenariat pour: freiner le déclin naturel de la production pétrolière nationale, créer des centaines d’emplois directs et indirects pour la jeunesse locale et garantir un transfert de compétences technologiques de haut niveau vers les ingénieurs nationaux.
Dans un contexte de forte concurrence sur le marché africain de l’or noir, le retour simultané de BP, Exxon Mobil et Shell prouve que le bassin sédimentaire gabonais n’a pas fini de faire parler de lui.
Melchior Ndabeyene




