Editorial

Immeuble du 2 Décembre : fallait-il attendre que le plâtre vote une motion de censure ?

  Par Clay Martial OBAME AKWE

Il fallait bien que cela arrive : un ministre décide de réparer un immeuble public, et voilà que l’on crie au scandale comme s’il avait repeint la République en secret. Dans sa parution du 5 février 2025, un confrère en ligne s’est ému de ce que Sosthène Nguema Nguema, alors ministre du Pétrole et du Gaz, ait « demandé le paiement immédiat » d’une facture de 500 millions de francs CFA pour la réhabilitation de l’Immeuble du 2 décembre. Immédiat, le mot est lâché, presque dramatique. On imagine déjà les murs trembler et les plafonds s’offusquer(sic). Or, parlons justement de ces murs.

L’Immeuble du 2 décembre, qui abrite la Primature et plusieurs départements ministériels, fut jadis une fierté nationale. À son inauguration plusieurs décennies auparavant, ce joyau architectural, incarnait la modernité administrative.    Mais le temps a fait son œuvre, et l’édifice, depuis sa construction, n’a jamais véritablement été rafraîchi(resic). Résultat ? Des ascenseurs capricieux, des lieux d’aisance qui ont connu des jours meilleurs, des escaliers usés par des décennies de pas pressés, des murs marqués par l’humidité, des portes fatiguées d’ouvrir sur des urgences permanentes.

Autrement dit : un symbole d’État qui s’érode en silence.  Dans ce contexte, décider de relooker l’immeuble, de le remettre aux normes, de restaurer sa dignité fonctionnelle n’a rien d’une fantaisie. C’est une mesure de bon sens. Car enfin, peut-on exiger efficacité et rigueur administrative dans un bâtiment qui semble supplier pour une cure de jouvence ? Peut-on parler de modernisation de l’État quand ses infrastructures donnent des signes évidents de dégradation ?

L’article en question s’interroge sur la légitimité du ministre à intervenir dans le processus de paiement, au motif qu’une entreprise parapublique dispose d’un Conseil d’administration. Fort bien. Mais il omet une précision de taille : la correspondance incriminée faisait suite aux travaux de la Commission Générale Paritaire (CPG), instance collégiale réunissant la Présidence, les ministères concernés et la société impliquée. En d’autres termes, il ne s’agissait pas d’un caprice solitaire, mais d’une démarche inscrite dans un cadre institutionnel.

Confondre une demande formulée dans le cadre d’une procédure validée avec une injonction autoritaire relève moins de l’analyse que de la dramaturgie. D’ailleurs, le même article reconnaît que seul le Conseil d’administration est habilité à approuver le paiement des factures , ce qui signifie, implicitement, que la décision finale ne dépendait pas d’un simple courrier ministériel.

Quant à l’allusion à des travaux de voirie à Oyem, elle semble davantage nourrir l’imaginaire que le débat juridique. Être originaire d’une même localité ne constitue ni une preuve de collusion ni un délit d’urbanisme affectif.  Dans un État structuré, les compétences sont définies, encadrées, et les procédures ne disparaissent pas par simple affinité géographique.

En réalité, le cœur de la polémique n’est pas une facture. Il est ailleurs…(et cet ailleurs là alimente les débats d’une autre époque). Il réside surtout dans cette étrange tendance à suspecter l’action plus que l’inaction. Car si l’Immeuble du 2 décembre se trouve aujourd’hui dans un état avancé de dégradation, c’est précisément parce qu’aucune décision ambitieuse n’avait été prise auparavant pour le remettre à niveau.

Réhabiliter un bâtiment stratégique n’est pas un luxe. C’est préserver le patrimoine public, sécuriser les agents, garantir un cadre de travail conforme aux normes, et restaurer l’image d’institutions qui ne devraient pas fonctionner dans un décor défraîchi. Le journalisme, dit-on, exige rigueur et objectivité. Il exige aussi de ne pas omettre les pièces maîtresses du puzzle.  En l’espèce, l’angle choisi semble davantage orienté que documenté.

Au fond, la question est simple : fallait-il laisser l’Immeuble du 2 décembre poursuivre son lent déclin pour éviter toute polémique ? Ou fallait-il, enfin, décider qu’un symbole administratif mérite mieux que des ascenseurs hésitants et des murs fatigués ?

Parfois, gouverner, c’est prendre la décision la moins spectaculaire mais la plus nécessaire. Et en matière de rénovation publique, il est des urgences qui ne devraient surprendre personne.

 Journaliste, essayiste

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