Afrique : Moscou en prédateur halieutique !

Deux navires battant pavillon russe sillonnent discrètement, les eaux du Golfe de Guinée, depuis août 2024, officiellement pour la réalisation d’une vaste étude scientifique des ressources biologiques marines dans le cadre de la grande expédition africaine de l’agence fédérale russe des pêches.
C’est par un habillage scientifique que Moscou a ouvert une offensive halieutique dans le Golfe de Guinée. En effet, dans plusieurs pays du continent, notamment en Sierra Leone (avec un accès à 40.000 tonnes de poisson par an) et au Sénégal. Elle a l’intention de déployer une vingtaine de navires et d’investir dans les infrastructures et de signer des accords d’accès pour des activités de pêche comme celui avec le Maroc qui s’étant jusqu’en 2029.
Partis du port de Kaliningrad (Russie) pour l’Afrique, ces navires russes avaient pour mission officielle : cartographier les stocks de poissons aux côtés des chercheurs africains. Mais c’était mal connaître les intentions de Moscou. Les eaux de l’Afrique de l’Ouest devenues l’épicentre mondial de la pêche illégale, perdant jusqu’à 9,4 milliards de dollars par en captures non déclarées ou non réglementées, selon les estimations de la Financial Transparency Coalition. Une perméabilité qui a permis à la Russie de s’y installer allègrement pour pratiquer la pêche.
‘’Comme nous l’avons vu avec l’or et d’autres minerais, les diamants, et dans une certaine mesure le pétrole et le gaz, la Russie voit une opportunité d’étendre sa pêche dans les zones économiques exclusives africaines’’, indique à Bloomberg Joseph Siegle, chercheur principal à l’université du Maryland (USA).
Depuis son invasion à l’Ukraine en février 2022, la Russie s’est vue restreindre l’accès à certains ports européens et américains. Pour combler ce déficit, les eaux africaines sont devenues sa cible, afin de multiplier ses activités de la pêche : «Nos entreprises de pêche sont intéressées par une coopération sur le continent africain», précise le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, à Bloomberg.
Mais ces activités de pêche menées par la Russie ne sont pas sans conséquences. En effet, depuis l’arrivée de la flotte russe dans les eaux africaines, ses activités échappent en partie aux contrôles internationaux ; «La flotte russe n’a jamais été particulièrement disciplinée là où elle opère », affirme à Bloomberg Steve Trent, directeur général de l’environnement Justice Foundation, une ONG spécialisé sur les abus environnementaux et les violations des droits humains dans le secteur de la pêche. Pour ce dernier, la flotte russe «a tendance à travailler dans l’ombre, avec très peu de rapports sur ces activités».
Blaise Mangady




