Politique

Gabon: l’opposition à la croisée des chemins!

Un groupuscule de personnalités politiques s’est retrouvé face à la presse, le 7 mars dernier,  à la chambre de commerce. Il se présente comme une alternative au pouvoir  dont le leader a été plébiscité le 12 avril 2025, lors d’une présidentielle unanimement reconnue comme exemplaire, en termes de transparence et d’organisation. Mais le narratif usité par cette opposition en pleine ‘’recomposition’’ peut-il vraiment convaincre un grand nombre de citoyens gabonais?

Autour du dernier premier ministre d’Ali Bongo Ondimba, plusieurs figures de l’opposition, jadis proches de Jean Ping, se sont retrouvées le 7 mars dernier à la chambre de commerce de Libreville, en vue de recomposer une opposition  aux nouvelles autorités du pays. Selon cette nouvelle opposition, la situation du Gabon est ‘’catastrophique’’. Pèle-mêle: surendettement, chômage, insécurité, crise de logement, absence d’eau et d’électricité dans les ménages, bourses suspendues… Ils reprochent aussi au pouvoir de faire dans les investissements non productifs, entre autres: routes et bâtiments.  Vérité ou manipulation politicienne? En tout cas, ces opposants croient dur comme fer qu’ils peuvent rassembler les gabonais comme jamais auparavant, pour enfin mettre le Gabon  sur les rails d’une gouvernance irréprochable.

Sauf qu’ici, les leaders des partis qui ont décidé de se mettre ensemble ont des partis pas vraiment représentatifs, et qui sont frappés par la loi gabonaise sur les partis politiques. En effet, la loi n°016/2025 du 27 juin  relative aux partis politiques dispose en son article 71 alinéa 2 que:  «Tout parti politique perd son statut juridique s’il ne présente pas de candidats à deux (02) élections politiques législatives ou locales». Et l’article 73 de la même loi poursuit: «Tout parti politique n’ayant pas satisfait aux exigences de l’article 71 ci-dessus est interdit de toute activité politique, à titre conservatoire, jusqu’à régularisation de sa situation, dans un délai n’excédant  pas deux mois. A l’expiration du délais de deux mois, le parti politique perd son statut légal.»

Or, il se trouve que plusieurs partis aux noms desquels se sont exprimés les opposants à Oligui Nguema, pour la plupart, ne prennent pas part aux différentes élections législatives et locales. D’ailleurs, plusieurs desdits partis ne compte pas un seul élu national, voire local. On peut donc comprendre pourquoi  la salle de la chambre de commerce n’était pas comble samedi 7 mars dernier. «Ils comptent sur la mobilisation des citoyens», indique un observateur de la vie politique nationale, qui a pris part à cette réunion.

Sur les griefs reprochés à la gouvernance d’Oligui Nguema, notamment sur le surendettement: «la dette en 2023 était estimée à 7081 milliards soit 70.59% du PIB. Elle se situe aujourd’hui à un peu plus de 8000 milliards FCFA. En 2009, la dette était à 1368 milliards soit 20% du PIB. Comme vous pouvez le constater, ce  n’est  pas le pouvoir actuel qui a surendetté le pays, c’est bien le pouvoir déchu», se défend un cadre proche du pouvoir de Libreville, qui a requis l’anonymat.

Sur les coupures récurrentes  d’eau et d’électricité que subissent les populations ces derniers, notre interlocuteur poursuit: «C’est une situation qu’on vit depuis l’ancien régime. Les installations de la Seeg (société d’énergie et d’eau du Gabon), n’ont pas connu une maintenance digne de ce nom. Au contraire, certaines personnes ont profité du laisser-aller pour détruire l’entreprise avec des circuits de fournitures d’eau et d’électricité parallèles, des branchements directs et une cohorte de sociétés sous-traitantes. Depuis l’arrivée des nouvelles autorités, on voit une réelle volonté de travailler, de telle sorte que l’eau et l’électricité soient distribuées en permanence. On voit des nouveaux partenariats, Suez et EDF pour mieux structurer ce secteur.»

L’opposition reproche aussi à Oligui Nguema de faire dans les investissements non productifs: «Depuis son arrivée au pouvoir, on voit les infrastructures sortir de terre. On ne peut pas considérer les routes et les bâtiments construits ici et là par les nouvelles autorités comme des investissements non productifs, alors que la route est l’un des premiers facteurs de développement», s’indigne notre interlocuteur. Qui estime que dans le moyen terme, ces routes seront rentables avec des péages. «L’état gabonais dépense plus de 30 milliards par an dans la location des bureaux administratifs, avec les bâtiments qui sont construits, l’Etat sera de moins en moins locataire et les 30 milliards de loyers vont progressivement revenir dans les caisses de l’Etat. Cet argent pourra servir à la réalisation d’autres investissements », explique ce défenseur du régime de Libreville.

Entre les partis politiques à bien structurer sur le plan national et électoral et la mise en place d’un projet politique viable et attrayant, l’opposition gabonaise a encore de grands défis à relever pour convaincre: «Rien de nouveau sous le soleil du Gabon, les mêmes acteurs et artistes d’hier, donneurs de leçons aujourd’hui exigent en urgence ce qu’ils n’ont pu faire pendant des décennies…Chers compatriotes, lisez bien derrière leurs pensées, vous allez facilement comprendre leurs ambitions»,  réagit un internaute sur la déclaration de l’opposition du 7 mars  dernier.

Melchior Ndabeyene

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